L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES), instance créée par la loi de 2006 sur la recherche, soulève de très nombreuses critiques quant à son fonctionnement. Le bureau du Conseil Scientifique (CS) du CNRS, les présidents des Conseils Scientifiques de Département (CSD) et le bureau de la Conférence des Présidents des sections du Comité National (CPCN), regroupés au sein du C3N, viennent de publier un document très riche : Quelques remarques sur une agence qui fâche: l’AERES. D’emblée, le problème de la finalité de l’évaluation est posé : s’agit-il de « tirer vers le haut l’activité de recherche, et donc conseiller, suggérer, aider les unités », ou bien est-ce « surtout un moyen de
discriminer pour affecter des moyens (humains et financiers). Une forme étalonnée, une note leur semble alors utile, quels qu’en soient les effets secondaires néfastes. »
Car l’IHES est un établissement très spécial. Tout petit, avec une dizaine de permanents (et des visiteurs). Mais quels permanents ! Il y a peu de lieux dans le monde où le niveau est aussi élevé dans les branches représentées des mathématiques ou de la physique théorique. Un établissement au budget dérisoire, 5,5 millions d’euros.
C’est cet institut hors-normes que l’AERES est venue évaluer. Une évaluation non pas de l’activité scientifique, mais de la gouvernance, comme le déplore son directeur dans sa réponse. Et pourtant, on trouve dans le rapport une analyse du positionnement scientifique de l’établissement, que le directeur n’avait pourtant pas été invité à exposer. Avec des parti-pris magnifiques, comme celui-ci : « L’apport des mathématiques pures à la biologie moléculaire n’est pas évident dans l’état actuel des choses ». Pas de chance, dans le même temps le prix de la femme scientifique de l’année a été remis à Alessandra CARBONE, mathématicienne, responsable du laboratoire Génomique des microorganismes de l’unité mixte C.N.R.S.-U.P.M.C., professeur à Paris 6 (département informatique). C’est pendant un séjour de 4 ans à l’IHÉS qu’Alessandra Carbone a fait sa conversion vers la biologie après une thèse en logique et une thèse en informatique dans une collaboration étroite avec
Misha Gromov (un des professeurs permaments de l’IHES) avec lequel elle a publié notamment un ouvrage sur l’impact potentiel des mathématiques sur la biologie.
Mais le meilleur, ce sont les recommandations, comme le fait d’utiliser la prime d’excellence scientifique (au moment où celle-ci est contestée par de grands chercheurs), ou d’inciter les professeurs permanents à faire ceci ou cela. Avouons-le : face à de tels géants de la science qui ose réellement donner des conseils ? Nous sommes en pleine normativité, pour une institution hors-normes, voilà le comble de l’évaluation. Une évaluation de la gouvernance d’un établissement aussi petit, indépendamment de la nature très particulière de son activité scientifique quel sens cela a-t-il ? Le plus efficace, en l’occurrence, serait de constater qu’il se trouve en ce lieu unique des cerveaux exceptionnels, et qu’on ne peut rien faire de mieux que de les laisser penser tranquillement. A l’abri des pressions absurdes des serviteurs de ceux qui veulent réduire la science à un processus industriel, qui veulent appliquer aux laboratoires des méthodes de fonctionnement contraires aux ressorts de la démarche scientifique.
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Des enseignants irremplaçables, la droite prise à son piège
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Cela devait arriver, mais pas de chance pour le gouvernement cela tombe à quelques jours d’une importante élection. A force de supprimer des emplois de fonctionnaires, non pas parce qu’il y en a trop, mais parce que l’aveuglement idéologique a conduit les sectateurs de notre président mal-aimé à mettre en place sa politique absurde de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, nous avons atteint une situation catastrophique. (Lire la suite…)
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L’éducation selon Obama : un investissement sans faux-semblants
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Barack Obama a fait de l’éducation un axe majeur de son plan de relance. Ayant compris que l’élévation du niveau d’éducation est un gain à la fois pour la société et pour les individus, il a décidé d’augmenter très fortement les dépenses fédérales dans ce secteur, comme le détaille l’article : La proposition de Budget 2011 du président Obama pour l’enseignement supérieur : un investissement fédéral inédit et porteur de réformes.
Ce qui est frappant, en comparaison de la situation française, c’est que l’investissement est énorme (31% d’augmentation !), et que c’est un vrai investissement, avec de vrais milliards de dollars, pas comme en France un vrai-faux « grand emprunt » où les milliards annoncés ne peuvent pas être consommés. Non, pour Obama, c’est de l’argent qui va directement en soutien aux étudiants (et qui sera donc utilisé, dynamisant ainsi l’économie).
Pendant ce temps, notre gouvernement supprime des emplois d’enseignants (et se vante même de le faire), et cherche tous les tours de passe-passe budgétaires pour faire croire qu’il investit dans l’enseignement supérieur et la recherche, alors qu’il ne fait que stagner : d’un côté l’ambition, de l’autre la résignation ; d’un côté la vision, de l’autre la stagnation.
Achraf El Ouanzi, étudiant marocain dont le passeport et le visa étaient arrivés à expiration, a été placé en centre de rétention au mois de janvier. Un très large front de soutien à cet étudiant a réclamé sa libération, et sa régularisation. Le Parti Socialiste en a appelé directement à la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche afin qu’elle agisse en vue de cette libération. Rien n’a été fait au niveau gouvernemental. (Lire la suite…)
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Précarité : Sarkozy doit tenir immédiatement son engagement
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Une enquête de grande ampleur vient d’être réalisée en France par des chercheurs au sujet de la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche, à l’initiative de l’intersyndicale. Alors que Valérie Pécresse s’était engagée à dénombrer les personnels précaires, il a fallu attendre que ce soient des chercheurs qui s’en occupent. (Lire la suite…)
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Non à l’expulsion d’Achraf El Ouanzi
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Communiqué de Bertrand Monthubert, secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche
La France porte historiquement une tradition d’accueil d’étudiants étrangers dans ses universités. Il s’agit d’un enjeu important pour la circulation des savoirs, l’enrichissement de notre société, et le rayonnement de notre pays et de notre culture.
Pourtant, les politiques d’immigration mises en place ces dernières années ont conduit à un accroissement des difficultés pour les étudiants étrangers. Nous vivons aujourd’hui des situations inacceptables. (Lire la suite…)
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La manipulation par les chiffres, encore et toujours
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Pour faire une belle séquence media, il faut du teasing. Celle de cette semaine a débuté avec l’ »interview » de Nicolas Sarkozy, qui est un peu à la vraie interview ce qu’est le publi-reportage à la presse. Je reviendrai dans un autre billet sur ce moment de communication élyséenne. Au cours de ce passage télévisé, Sarkozy s’est montré confiant sur le front du chômage, alors l’on prévoit 1 million de chômeurs en fins de droits en 2010. Il fallait donc, pour le second temps du teasing, une belle annonce sur le front de l’emploi. Elle est tombée aujourd’hui : une baisse de 0,7% des chômeurs de catégorie A. Sauf que, comme l’explique très bien Alain Vidalies dans un communiqué que je reproduis ci-dessous, cette baisse est liée au mode de décompte des chômeurs… et si on ajoute les chômeurs de catégorie B et C, on a une hausse de 8 600 ! (Lire la suite…)
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Pécresse et la démocratisation, c’est comme Sarkozy et la Clio
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Décidément, le gouvernement répète sans cesse les mêmes manoeuvres. Dans une dramaturgie bien rodée, il commence par pointer du doigt un coupable. Par exemple, les banquiers et leurs bonus extravagants, Renault et son intention de délocaliser la production de la Clio, ou les grandes écoles qui ne recrutent pas assez de boursiers. Acte II, rencontre bien médiatique entre l’hyper-président, ou la super-ministre, et les coupables : banquiers, PDG de Renault, ou directeurs de Grandes Ecoles. Cela donne l’occasion d’une belle photo. A la fin de l’acte II, un communiqué assène que le pouvoir a obtenu des engagements importants de la part des coupables. Théoriquement, la pièce s’arrête là, mais dans la vraie vie il y a un acte III, dans lequel on découvre, stupéfaits, que les engagements ne sont pas tenus. Des bonus qui continuent, une Clio qui sera probablement délocalisée une fois les élections régionales passées… Reste pour le pouvoir à espérer avoir réussi à faire zapper les Français sur un autre sujet, afin d’éviter qu’ils ne voient l’acte III. (Lire la suite…)
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Les chercheurs, chouchous des Français
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On a beaucoup commenté cette semaine l’enquête conduite par le CEVIPOF au sujet de la confiance accordée à diverses organisations et institutions. On a en fait surtout parlé d’un seul des résultats de cette longue enquête : 67% des personnes interrogées déclarent n’avoir confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner ce pays.
Ce résultat, évidemment, est accablant et montre que le Parti Socialiste, et la gauche en général, ont encore un travail important à faire pour regagner la confiance. Cela dit, on en avait déjà l’intuition…
Mais il y a beaucoup d’autre résultats passionnants. Ainsi, 37% se sentent proches des partis de gauche (verts compris), contre 26% pour les partis de droite, et 12% pour le Modem et les partis écologistes indépendants.
Autre élément, la confiance envers les institutions ou organisations. Page 18, on constate que le CNRS est l’institution qui recueille le plus de confiance, soit 90%. Disons d’emblée que derrière le logo CNRS on pourrait mettre la recherche, puisque les autres institutions de recherche et d’enseignement supérieur ne sont pas citées. En queue de classement on trouve les médias et les partis politiques. On se rassurera en constant que les institutions et organisations publiques on un indice de confiance majoritaire, au contraire des organisations privées. Les attaques néo-libérales de décrédibilisation du secteur public ne prennent manifestement pas vraiment.
Une autre enquête apporte des éléments convergents. C’est celle qui a été publiée par le Nouvel Obs sur les métiers. Elle montre bien la place accordée aux chercheurs dans notre société. En tête pour le prestige (10 points devant les médecins), dans le trio de tête aussi pour l’utilité (juste derrière les médecins et infirmières), cette étude comme la précédente tord le cou aux idées reçues sur le scepticisme des Français vis-à-vis de la recherche.
Pourtant, cette confiance envers les chercheurs et leurs insitutions ne se traduit pas dans la politique de Sarkozy, qui renforce toujours plus son contrôle sur les chercheurs, refuse de créer les emplois scientifiques nécessaires à notre pays, et n’a de cesse que de déstabiliser les institutions, comme le CNRS qu’il tente de briser en morceaux.
Il casse ainsi la génération de ceux qui devraient être les chercheurs de demain, ceux qui exerceront ce métier dont on nous dit qu’il est prestigieux et digne de confiance.
Pour le PS, il faut retenir les leçons de ces enquêtes. D’abord, la crainte dans l’avenir est profonde : 70% des personnes interrogées dans la première enquête pensent que les jeunes d’aujourd’hui auront moins de
chances de réussir que leurs parents dans la société française de demain (p. 13). Et ils ont des motifs pour cela : crise économique, crise écologique, crise morale. Nous avons donc besoin d’une pensée rénovée pour construire une autre façon de produire, de vivre en société, de répartir les richesses. Pour cela, il faut de la recherche, il faut des chercheurs pour expliquer comment fonctionne le monde, pour créer les savoirs dont certains produiront des technologies nouvelles, pour élever l’Homme, tout simplement.
La recherche n’est plus la danseuse qu’elle a été il y a bien longtemps. La construction du savoir, et sa transmission, doivent aujourd’hui prendre leur place au coeur du projet politique socialiste, à la hauteur de l’importance que leur accordent les Français. Nos concitoyens nous envoient un signal fort en ce sens : saisissons-le.
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Vœux de Sarkozy au monde de l’enseignement et de la recherche : encore un exercice d’illusionnisme
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Communiqué de Bruno Julliard,
Secrétaire national à l’éducation,
et de Bertrand Monthubert,
Secrétaire national à l’enseignement supérieur et à la recherche
Pour ses voeux au monde de l’enseignement et de la recherche, Nicolas Sarkozy vient de se livrer à un édifiant exercice de style. Abandonnant pour une fois le ton méprisant et insultant avec lequel il s’adresse d’habitude au monde de l’enseignement et de la recherche, il se proclame aujourd’hui le meilleur défenseur de la science et de la diffusion du savoir. Cette volte-face l’amène, fidèle à une tactique bien éprouvée, à s’approprier les valeurs de ses adversaires et à énoncer des objectifs largement partagés. Mais elle ne doit pas faire illusion.
On ne juge pas un Président de la République à l’aune de son discours, mais de ses actes. Or, une fois encore, l’écart est stupéfiant entre les déclarations d’intention et les faits.
Nicolas Sarkozy a beau jeu de se lamenter sur la faible attractivité des carrières scientifiques, lui qui est à l’origine de 900 suppressions de postes d’enseignants-chercheurs en 2009.
Il tente de faire croire qu’il investit dans la recherche et l’enseignement supérieur, alors qu’il est comptable d’une baisse ininterrompue de l’effort de recherche en France et que sa majorité au parlement vient de voter 150 millions d’annulations de crédits dans ce secteur. Derrière les annonces mirifiques se cachent des faits : les 19 milliards promis à la recherche et à l’université dans le cadre du grand emprunt ne se traduiront, en réalité, que par quelques centaines de millions d’euros réellement utilisables.
Le Président de la République vante les vertus des sciences humaines et de « l’histoire ancienne », quand son gouvernement supprime l’enseignement de l’histoire-géographie en terminale scientifique.
Il prétend vouloir revaloriser la condition enseignante et s’obstine à vouloir mettre en œuvre, sans aucune concertation, une réforme de la formation des enseignants dénoncée de toutes parts.
Il assigne un objectif de démocratisation de l’enseignement supérieur – largement focalisé sur les Grandes écoles –, mais fragilise les établissements scolaires, là où se trouvent les causes de la persistance des inégalités : suppressions de postes par dizaines de milliers (13 500 en 2009, 16 000 en 2010…), disparition programmée des Rased, ghettoïsation des établissements des quartiers en difficulté via la suppression de la carte scolaire…
Pour les enseignants, pour les chercheurs, pour tous ceux qui font vivre les établissements où le savoir se crée et se transmet, pour tous ceux qui y étudient, ce discours n’est qu’un nouvel exercice d’illusionnisme.
Il est temps d’arrêter les discours et de prendre véritablement la mesure de l’urgence et de mettre en œuvre une autre politique de l’enseignement et de la recherche.
