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Le niveau de vie des plus modestes a baissé en 2009 et en 2010

Le ralentissement économique du début du quinquennat de Jacques Chirac, en 2002 et en 2003, avait frappé également le plus grand nombre. La dernière récession a été plus sélective : le niveau de vie des 40% les plus modestes, soit 24,4 millions de personnes, est le seul à avoir baissé en 2009 et en 2010. Celui des 5% les plus aisés, soit 3 millions de personnes, est le seul à avoir augmenté en 2010. C’est ce qui ressort de l’édition 2013 de l’ouvrage de l’Insee sur Les revenus et les patrimoines des ménages.

Niveau de vie de très hauts revenus et taux de pauvreté monétaire. Source : Insee

En 2010, la moitié de la population de France métropolitaine (30, 5 millions de personnes) disposaient de moins de 19 270 euros par an (1 610 euros mensuels) pour vivre et la moitié disposaient de plus. Ce niveau de vie médian a baissé de 0,5% par rapport à 2009.

Si tous les déciles sont concernés par cette baisse, elle est plus marquée dans le bas que dans le haut de la distribution : entre – 1,3% et – 1,6% pour les 3 premiers déciles et – 0,3% pour le 9e décile. Le niveau de vie des 40 % les plus modestes a baissé deux années de suite, alors que celui des cinq derniers déciles n’a diminué qu’en 2010.

Surtout, le niveau de vie plancher des 5% les plus aisés (3 millions de personnes) a, lui,  augmenté de 1,3% en 2010 après avoir stagné en 2009 (+ 0,2%). Par ailleurs, la masse des très hauts revenus – les 1% les plus aisés, soit 610.000 personnes – a augmenté de 4,7% en 2010 après avoir diminué de 4,3% en 2009. Il est vrai qu’entre 2004 et 2008, ils avaient augmenté de 5,5% par an. L’augmentation de 2010 provient pour 75% des hausses de revenus d’activité et pour 25% de la hausse des revenus du patrimoine.

L’Insee observe aussi que si les inégalités s’accroissent, cette augmentation n’en est pas moins amortie par le système de protection sociale. Ainsi, entre 2008 et 2010, le 1er décile de revenu par unité de consommation diminue de 3,2% par an avant transferts, contre 1,2% après transferts.

Evolution des niveaux de vie par décile

Dans une France où, comme dans la majorité des 27 pays de l’Union européenne, les inégalités se sont creusées, le taux de pauvreté monétaire (60% du niveau de vie médian, 964 euros en 2010) est en hausse de 0,6 points à 14,1%. La moitié des personnes pauvres vivent avec moins de 781 euros par mois. L’augmentation de la pauvreté concerne plus particulièrement les familles, avec 2,7 millions d’enfants pauvres, le taux de pauvreté des moins de 18 ans atteignant 19,6% contre 10,2% pour les retraités.

France : l’Insee ne voit pas le bout du tunnel

L’économie française est à l’arrêt depuis près de deux ans et rien ne permet d’espérer une amélioration rapide de la situation : tel est le diagnostic posé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) dans sa note de conjoncture de printemps présentée jeudi 21 mars et intitulée « Eclaircie mondiale, l’Europe encore dans l’ombre ».

Alors que l’activité accélère dans les pays émergents, aux Etats-Unis et au Japon, la zone euro aborde le premier semestre 2013 « en ordre dispersé ». L’Allemagne, proche du plein emploi, afficherait une croissance de 0,5% au premier trimestre et de 0,4% au deuxième, dans une zone euro où le PIB ne progresserait que de 0,1 % par trimestre.

La France continuerait d’échapper à la récession mais resterait dans une situation très difficile : son économie est à l’arrêt depuis bientôt deux ans. Après un rebond de 0,8% au premier trimestre de 2011,  la progression du PIB n’a jamais dépassé 0,2% par trimestre. L’Insee prévoit une croissance de 0% au premier trimestre 2013 et de 0,1% au deuxième. L’acquis de croissance à la fin juin 2013 serait même négatif : – 0,1%.

Le climat des affaires reste morose quand il n’est pas franchement mauvais comme dans le bâtiment. Sur fond de détérioration du marché du travail  (74 000 emplois marchands seraient supprimés au premier semestre et le taux de chômage augmenterait pour atteindre 11% à la mi-2013 (10,6% en métropole), la consommation des ménages resterait atone. L’investissement des entreprises, lui, reculerait.

Les moteurs internes de la croissance sont tous à l’arrêt. La reprise, selon l’Insee, ne peut venir que d’un effet d’entraînement du commerce mondial. La demande adressée à la France gagnerait en dynamisme  au premier trimestre 2013, grâce au rebond des importations allemandes et américaines. Une nette accélération des exportations françaises est prévue dans la première moitié de cette année : c’est là un des rares points positifs d’une note de conjoncture bien sombre.

 

Avec l’envol des prix de l’immobilier, les inégalités de patrimoine se sont creusées

Entre 1997 et 2009, la masse de patrimoine brut détenu par les ménages a été multipliée par 1,9 en euros constants et celle des niveaux de vie par 1,3, indique l’Insee dans l’édition 2012 de France, portrait social. Côté patrimoine, c’est d’abord la composante immobilière, portée par le boom des prix, qui a tiré cette progression, suivie par sa composante mobilière  Quant à l’évolution des niveaux de vie, elle a suivi peu ou prou celle de la croissance jusqu’en 2007 puis progressé depuis 2008 malgré la récession.

La forte hausse du patrimoine brut, prévient l’Insee, n’a pas été uniforme et les inégalités se sont creusées. La masse détenue par les 30% de ménages les moins bien dotés, ceux qui ne possèdent pratiquement pas d’actif immobilier, a augmenté à un rythme légèrement inférieur à l’inflation en douze ans. En euros constants, elle s’est tassée.

L’essentiel de la hausse s’est concentrée sur les 60% de ménages les mieux dotés, généralement propriétaires de leur logement. Les 10% des ménages les mieux dotés possèdent en moyenne 35 fois plus de patrimoine que les 50% des ménages les moins dotés fin 2009, contre 30 fois plus à la fin de l’année 1997.  La composante financière a également contribué au creusement des inégalités patrimoniales mais dans une moindre mesure.

Les disparités de niveaux de vie se sont creusées mais elles sont de moins grande ampleur. Entre 1997 et 2009, le niveau de vie moyen des 10% de personnes les plus aisées a progressé de + 29% contre + 20% pour celui des personnes modestes et aux niveaux de vie intermédiaires.

L’Insee rappelle que statistiquement, patrimoine et niveau de vie sont souvent liés, plus dans le haut que dans le bas de la distribution. En 2009, pour les 10% de ménages les mieux dotés en patrimoine brut, l’ensemble des revenus financiers et fonciers représente 35% de leur revenu disponible. Pour les individus vivant dans ces ménages, ils représentent en moyenne une hausse de l’ordre de 13.500 euros du niveau de vie annuel. A titre de comparaison, le niveau de vie médian de l’ensemble de la population se situe en 2009 à 19.080 euros, revenus du patrimoine compris.

En 2009, 3% des ménages cumulent faible niveau de vie et faible niveau de patrimoine. Ce sont plus souvent des ménages jeunes en début de cycle de vie, des personnes seules ou des familles monoparentales.  A l’opposé, les ménages cumulant haut patrimoine et niveau de vie élevé représentant 5% de la population et sont plutôt en milieu de cycle de vie.  Les plus de 50 ans y sont surreprésentés et les moins de 30 ans en sont quasiment absents.

Début 2010, le patrimoine moyen des ménages de moins de 30 ans est de 53.900 euros; il culmine à 358.900 euros pour les ménages de 60 à 69 ans et redescend à 261.300 pour ceux de 70 ans ou plus. Les trajectoires professionnelles influent sur le niveau de patrimoine détenu : une seule année de chômage entraîne un patrimoine plus faible de l’ordre de 4% en moyenne. De même, les ménages ayant connu la précarité de l’emploi ont, à autres caractéristiques identiques, un patrimoine en moyenne 1% moins élevé que les ménages n’ayant jamais connu de tels épisodes.

En 2010, les salariés ont perçu en moyenne 19.505 euros de revenu salarial

Le revenu salarial moyen, c’est-à-dire le nombre d’heures rémunérées sur l’année,  pour l’ensemble de la population salariée s’établit à 19.505 euros en 2010, révèle l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) dans l’édition 2012 de France, portrait social. Il a atteint 19.075 euros dans le secteur privé et les entreprises publiques contre 21.210 euros dans la fonction publique. Cet écart ne doit rien au salaire horaire et tout à une durée d’emploi sur l’année supérieure de 12% dans la fonction publique.

Cette moyenne des salaires nets perçus sur l’année recouvre des situations très hétérogènes. Ainsi, le quart des salariés les moins payés, dont la durée d’emploi en équivalent temps plein (EQTP) est de seulement un trimestre sur l’année, a perçu 3.860 euros par an et les 25% des mieux payés 39.290 euros.

Les salariés du dernier centile de la distribution (les 1% de revenus salariaux les plus élevés) ont perçu en moyenne 132.707 euros, soit 7,6 fois plus que le revenu salarial médian qui est de 17.520 euros. Cette population est masculine à 84% et composée à 88% de salariés du privé. Les écarts de revenu salarial entre les 1% de salariés les mieux rémunérés et les autres se sont globalement accrus.

Entre 1995 et 2010, le revenu salarial moyen a augmenté de + 0,7% en moyenne par an en euros constants malgré un ralentissement à partir de 2007. Cette hausse résulte  d’une légère augmentation du salaire journalier (+ 0,51% en moyenne annuelle en euros constants) et d’un allongement de la durée d’emploi en jours EQTP dans l’année ( +0,18% en moyenne annuelle, soit au total + 7,5 jours EQTP).

Sur la période 1995-2010, le revenu salarial moyen dans le premier quart ayant augmenté plus vite que celui des autres quarts, les disparités de revenu salarial ont légèrement diminué alors qu’elles avaient augmenté de la fin des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. Ce mouvement, lié à une diminution de 13% des disparités de durée d’emploi en EQTP, s’est toutefois interrompu depuis 2007 et la crise, marquée par une recrudescence des « très petits temps partiels ».

Le revenu salarial des hommes stagne depuis 2007 alors que celui des femmes continue à progresser, ramenant l’écart à 24%. L’Insee observe que, du fait d’un salaire horaire plus bas et d’une moindre durée d’emploi sur l’année le revenu salarial des jeunes est faible et il le reste, quand on y intègre les allocations chômage. Enfin, les ouvriers ont en moyenne un salaire horaire plus élevé et une durée d’emploi sur l’année plus longue que les employés.

 



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