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Le calvaire des animaux transportés sur des milliers de kilomètres jusqu’en Turquie

20160625_TR_CP_23_BG-PB0844EB_Pimk (4)Qui n’a pas croisé sur l’autoroute ces camions transportant des veaux ou des porcs, entassés les uns contre les autres, sur deux voire trois étages, dans des conditions des plus précaires ? En parallèle de la campagne contre les abattoirs menée par L214, une autre ONG de défense du bien-être animal, la Britannique Compassion in World Farming (CIWF), continue son combat pour dénoncer un aspect différent de la maltraitance animale, moins médiatisé mais tout aussi crucial : les transports d’animaux vivants sur de longues distances. Lundi 26 septembre, elle a publié une nouvelle vidéo dévoilant les conditions sordides de bovins convoyés depuis différents pays européens (France, République Tchèque, Allemagne, Autriche, Hongrie, etc) vers la Turquie, pour y être engraissés puis abattus.

Cette enquête a été réalisée entre le 23 et le 29 juin par les associations allemande, néerlandaise et suisse Animal Welfare Foundation, Eyes on Animals et Tierschutzbund Zürich, qui ont inspecté 109 camions transportant près de 6 000 broutards (jeunes veaux mâles sevrés qui se nourrissent de lait maternel et d’herbe) et vaches gestantes. Contrairement aux précédentes vidéos, qui filmaient les transports des animaux jusqu’à la Turquie, ou encore les voyages interminables de jeunes veaux à travers l’Europe, les enquêteurs ont cette fois posé leur caméra à Kapikule, à la frontière bulgaro-turque.

Se nourrir des excréments

Après plusieurs milliers de kilomètres, les bovins, en provenance de toute l’Europe, s’y retrouvent bloqués des dizaines d’heures – jusqu’à dix jours – sans possibilité de sortir des camions. Les températures peuvent atteindre 38 °C et les systèmes d’abreuvement ne sont souvent pas adaptés ou souillés. Déshydratés, les animaux lèchent désespérément les barreaux. D’autres s’effondrent. Faute d’aliments, les bêtes vont jusqu’à se nourrir de leurs excréments. Les animaux malades ou blessés sont abandonnés au milieu de leurs congénères.

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Durant la semaine d’enquête, cinq femelles gestantes donnent naissance à leur petit dans les camions. L’une d’entre elle subit une césarienne en pleine rue. Les employés tentent de la remettre dans le camion, sans l’avoir recousue, avant de l’abattre dans la rue, pleinement consciente. Les bêtes partent ensuite vers des centres d’engraissement ou continuent leur voyage vers le Proche-Orient.

« Ce sont des images épouvantables, qui montrent des animaux dans de grandes souffrances, avec des infrastructures et des contrôles totalement défaillants. Et le tout en violation des réglementations françaises et européennes, dénonce Léopoldine Charbonneaux, directrice France de CIWF. Pourtant, ni la Commission européenne ni les Etats membres n’interviennent. »

Quatorze heures de transport

Un règlement européen de 2005, relatif à la protection des animaux pendant le transport, pose en effet comme principe que « nul ne transporte ou ne fait transporter des animaux dans des conditions telles qu’ils risquent d’être blessés ou de subir des souffrances inutiles ». Il stipule en particulier que, pour les veaux sevrés, la durée de voyage ne doit pas dépasser quatorze heures, renouvelables, avec une pause d’une heure « notamment pour être abreuvés et, si nécessaire, alimentés ».

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« Etant donné que les règles minimales de bien-être animal ne sont pas respectées, nous demandons l’arrêt des transports longue distance hors de l’Union européenne, et une limite à 8 heures au sein de l’UE, poursuit l’association, qui propose aux internautes d’écrire au ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, afin de l’inciter à stopper les exportations vers la Turquie. Il faudrait restructurer la filière française pour engraisser les bovins chez nous afin d’exporter de la viande plutôt que des animaux vivants. »

80 000 bovins français exportés en Turquie en 2015

Si les enquêteurs n’ont inspecté qu’un seul camion français – ainsi qu’un camion italien transportant des bêtes françaises –, l’Hexagone n’en demeure pas moins le troisième exportateur d’animaux vivants dans l’Union européenne et le premier en dehors de l’UE, principalement vers la Turquie avec 80 000 têtes en 2015, selon les chiffres d’Eurostat. Ces volumes se sont toutefois effondrés cette année, en raison de cas de fièvre catarrhale ovine chez des bovins, qui ont conduit Ankara à revoir à la baisse ses importations.

« Il est vrai que nous avons des contacts avec la Turquie, qui cherche à constituer un cheptel, mais nous exportons beaucoup plus de bovins vers l’Italie, avec 498 000 veaux sevrés sur les sept premiers mois de l’année 2015 », indique-t-on du côté de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui précise que l’essentiel des transports français s’effectue par bateau – sans que l’on sache si les animaux sont mieux traités. « Pour la voie terrestre, empruntée depuis fin 2014, nos agents ont des consignes de ne pas signer des carnets de route qu’ils ne jugent pas crédibles, mais la route est longue : il peut toujours y avoir des infractions une fois qu’ils ont franchi la frontière », reconnaît la DGAL.

Le CIWF, qui regrette des « contrôles trop peu nombreux et laxistes », se réjouit toutefois d’un « début de prise de conscience » : le 29 août s’est tenue la première journée mondiale de mobilisation contre le transport d’animaux vivants, avec comme mot d’ordre : « Des animaux, pas des marchandises ! »

Audrey Garric

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Dans les cirques chinois, des méthodes de dressage cruelles et violentes

Bear cubs were chained to a brick wall and forced to stand upright, putting them at risk of choking or hanging.

Des animaux terrorisés frappés, fouettés, enchaînés aux murs ou enfermés dans des cages. Dans une vidéo diffusée lundi 18 juillet, que Le Monde a pu consulter, l’association PETA révèle des méthodes de dressage des bêtes cruelles et violentes, ainsi que des conditions de vie « insupportables », dans les cirques de la ville de Suzhou, dans l’est de la Chine. Cette métropole proche de Shanghai, surnommée la « capitale mondiale du cirque », accueille 300 chapiteaux à l’année et des milliers d’animaux entraînés pour la piste. Une activité qui se fait, selon l’enquête de l’association, aux dépens de leur bien-être et de leurs besoins physiologiques.

Les images, les premières du genre, ont été tournées l’an dernier en caméra cachée par PETA Asie, dans 10 cirques et établissements de dressage. Elles montrent des oursons avec des chaînes autour du cou, forcés de rester debout sur leurs pattes arrière pendant des heures sous peine de s’étrangler. D’autres doivent tenir en équilibre sur une planche-balançoire ou marcher avec les pattes avant sur des barres parallèles. Tous crient, grognent et gémissent. Les grands félins tournent en rond dans des cages bien trop petites pour eux ou, lors de l’entraînement, sont contraints de se tenir en équilibre sur des ballons ou sauter à travers des cerceaux. Les dresseurs les traînent, les frappent, les fouettent et donnent des coups de pied aux animaux pour les faire obéir.

« Les animaux sauvages ne comprennent pas et ne veulent pas exécuter ces numéros qui n’ont pour eux aucun sens, ne sont pas naturels et sont souvent douloureux, mais ils sont obligés de les répéter encore et encore, sinon ils risquent d’être battus ou pire, déclare Isabelle Goetz, porte-parole de PETA en France. Mais ce genre de cruauté n’est pas inhérente à la Chine. Partout, les zoos emploient l’intimidation et la punition pour contrôler les animaux et les enferment dans des cages minuscules, des caravanes ou des wagons. »

Tigers were confined to barren cages.

Interdictions dans plusieurs pays

Des pratiques que certains pays refusent. En 2014, la Belgique a interdit les animaux sauvages dans les cirques. « Ces établissements ne respectent pas les normes en matière de détention des animaux, que ce soit l’hébergement ou le transport, expliquait alors au Monde Bruno Cardinal, conseiller scientifique pour le Conseil du bien-être animal, qui dépend du ministère belge de la santé publique. Les animaux sauvages doivent également pouvoir exprimer une série de comportements propres, tels que la fuite ou encore la recherche d’alimentation, ce qui n’est pas non plus possible dans l’enceinte d’un cirque. »

En Europe, l’Autriche et la Grèce (et la Catalogne en Espagne) ont également banni les animaux sauvages des chapiteaux tandis qu’une interdiction partielle – pour certaines espèces – existe en Allemagne, Hongrie, Danemark et Suède. La France, pays de grande tradition circassienne qui compte une centaine de troupes itinérantes, va-t-elle à son tour légiférer sur ce sujet ? La question divise. De nombreuses municipalités ont déjà pris des interdictions en ce sens, que ce soit Ajaccio (Corse-du-Sud), tout récemment, ou, bien avant, Montreuil et Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ou Tourcoing (Nord). L’association PETA appelle d’ailleurs les citoyens à demander à leur maire d’interdire de tels spectacles dans leur ville.

« Ces villes restent minoritaires, rétorque Gilbert Edelstein, le PDG du cirque Pinder et président du syndicat national du cirque. Les lois en France sont strictes et on les respecte. Nos animaux sont bien traités et ne sont pas malheureux. Sans compter que toutes nos bêtes sont nées en captivité : elles ne tiendraient pas longtemps dans la nature. » Et d’asséner : « Un cirque sans animaux, ça n’est pas vraiment un cirque. »

This monkey, named Xiaohua by the investigator, was dragged and yanked around by a rope around her neck.

Quelques efforts ont certes été réalisés : depuis le 18 mars 2011, un arrêté durcit la réglementation française datant de 1978. Parmi les mesures prises, les cages intérieures abritant des tigres doivent mesurer un minimum de 7 m2 par animal, les éléphants doivent être attachés par des chaînes matelassées ou avoir accès au minimum une heure par jour aux installations extérieures (minimum de 250 m² pour trois animaux maximum) et les otaries et lions de mer doivent bénéficier de piscines intérieures et extérieures.

« C’est clairement insuffisant et personne ne peut vérifier que cette réglementation est appliquée, surtout dans les cirques itinérants, réagit Isabelle Goetz. On reste dans une optique d’exploitation des animaux en dépit de leurs besoins fondamentaux. » Des conditions de détention également dénoncées par l’ONG Code animal, spécialisée sur ce sujet, et la fondation 30 Millions d’amis, dont la pétition pour des cirques sans animaux sauvages a récolté plus de 160 000 signatures.

This tiger was forced to balance and walk on a ball while a trainer stood close by with a pole to hit and jab her if she failed to perform.

Ce débat autour du bien-être animal dans les cirques n’a jamais été véritablement tranché par les éthologues. « Une relation de complicité et d’amour peut se créer entre le dresseur et l’animal, estime la philosophe Vinciane Despret, professeur à l’université de Liège et spécialiste des relations homme-animal. Tout dépend du mode de dressage : certains s’opèrent selon un système de récompenses, de négociation et de douceur, tandis que d’autres fonctionnent avec des punitions et peuvent s’avérer violents. » Quant aux conditions de transport et d’hébergement « très difficiles pour les animaux dans les cirques itinérants », elles pourraient être « améliorées si toutes les troupes avaient des cirques d’hiver, disposant d’un espace suffisant », juge-t-elle.

« Il peut effectivement y avoir une relation qui se noue entre l’humain et le cheval par exemple, mais ce n’est pas la réalité du dressage et de la captivité dans les cirques. Les animaux sauvages ne veulent pas être en contact avec les humains », rétorque Isabelle Goetz. Les cirques n’ont effectivement pas toujours accueilli des animaux exotiques : avant le XIXe siècle, les numéros faisaient intervenir des chevaux et des chiens, rappelle Vinciane Despret. Et le succès actuel des spectacles sans animaux, comme ceux du Cirque du soleil, prouve que l’option reste ouverte.

Audrey Garric

Photos : captures écran de l’enquête de PETA

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