Articles de la catégorie Climat

Le moment de vérité (1/2)

Tout est prêt pour le dernier acte : sommes-nous sur le point d’atteindre les limites physiques à la croissance ? L’élection de Donald Trump pourrait accélérer le rendu du verdict. Une semaine après la victoire de Donald Trump, les investisseurs du monde … Continuer la lecture

COP22 à Marrakech : une semaine décisive pour le climat mondial

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Tjeerd Royaards (Pays-Bas), paru sur Cartoon Movement

Onze mois après la signature de l’accord de Paris sur le climat (entré en vigueur le 04 novembre), quatre-vingt-dix-sept pays ont déjà ratifié ce traité historique visant à endiguer le réchauffement climatique. Ils sont aujourd’hui réunis à Marrakech pour trouver des solutions concrètes liées à sa mise en œuvre et préciser les aides financières engagées pour les pays en voie de développement. Un évènement important pour la planète qui souffre d’une grave élévation générale de ses températures et peut-être une avancée de la communauté internationale dans les négociations climatiques…

Non, Pizza n’est pas l’ours polaire le plus triste au monde

ourspolaireIl est installé sous des dizaines de néons bleus, exposé aux selfies des touristes, dans un petit enclos à l’hygiène douteuse ; de quoi lui donner le surnom de « l’ours polaire le plus triste au monde » dans la presse. Les conditions de captivité de Pizza, détenu dans un parc à thème au sein d’un centre commercial de Canton, dans le sud de la Chine, suscitent l’indignation sur les réseaux sociaux et dans les médias. Animals Asia, une association de défense des animaux, a lancé une pétition en ligne pour fermer le parc, qui a déjà reçu plus de 430 000 signatures. Le directeur de l’établissement, contraint de rencontrer l’ONG sous la pression de l’opinion publique, a promis « une meilleure vie et des améliorations pour ses animaux » – notamment des bélugas, des morses ou encore des renards arctiques.

(Source : Animals Asia sur Vine)

En réalité, Pizza est loin d’être le seul ours polaire à subir des conditions de captivité contraires à ses besoins physiologiques. L’Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA), qui chapeaute 300 établissements, comptabilisait 180 ours polaires captifs dans le monde en 2009. L’un d’entre eux, Arturo, un mâle détenu à Mendoza en Argentine, décédé le 3 juillet, avait déjà été surnommé « l’ours polaire le plus triste au monde ».

La France enregistre, elle, dix Ursus maritimus dans des enclos : trois au zoo de Mulhouse (Haut-Rhin), trois au Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes), deux au zoo de La Palmyre (Charente-Maritime) et deux au zoo de La Flèche (Sarthe) – dans lequel des « Arctic lodges » de luxe permettent d’observer les plantigrades depuis une « large baie vitrée panoramique » accolée au bassin.

Conditions impossibles à reproduire

« Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos, assure le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse) avec Rémy Marion. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été. »

Des conditions impossibles à reproduire en captivité. Le Marineland d’Antibes, par exemple, se targue d’avoir investi 3,5 millions d’euros pour créer un « espace de 2 200 m² » pour ses ours polaires (ce qui équivaudrait à 47 x 47 m si l’enclos était carré), « l’un des rares en Europe à être alimenté en eau de mer, filtrée et maintenue à 14 °C toute l’année », selon son site Internet. Résultat, pour le géographe, beaucoup d’ours deviennent névrotiques et montrent des comportements stéréotypés dans les zoos.

A ces critiques, les zoos assurent, de leur côté, jouer un rôle de conservation des espèces menacées et d’éducation et de sensibilisation du public. « Avec l’intégration de cette espèce, Marineland marque son engagement pour la conservation des espèces menacées, indique l’établissement. C’est avec une volonté de sensibilisation à la biodiversité et à la fragilité de son équilibre que le parc a décidé de diversifier son patrimoine animalier. »

Des arguments balayés par de nombreux experts et associations. En 2012, après enquête de trois ans dans 21 pays, la Born Free Foundation présentait au Parlement européen un rapport montrant qu’une majorité de zoos d’Europe manquaient à leurs obligations légales, tant pour la conservation des espèces et l’éducation du public que pour le bien-être des animaux.

« Les zoos se sont emparés de ce concept d’animal menacé, voire en voie de disparition, pour drainer vers leurs parcs le maximum de public, juge Farid Benhammou. Leur présence, et la mise en scène des naissances sont des opérations essentiellement mercantiles. »

Une réintroduction qui ne fonctionne pas

Surtout, la réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel n’a jamais vraiment fonctionné, à quelques exceptions près (le vautour fauve en France, les bisons d’Amérique et d’Europe et le cheval de Przewalski, en Asie et en Europe). « La réintroduction est un leurre, juge Eric Baratay, professeur d’histoire à l’université de Lyon et spécialiste de la question animale. En raison du phénomène de dérive génétique, les animaux qui sont en captivité depuis plusieurs générations ne ressemblent plus à leurs ancêtres sauvages et vont donc avoir énormément de mal à se réinsérer. D’autant que l’on n’est souvent pas parvenu à préserver leur milieu naturel. »

C’est bien là tout le paradoxe de l’histoire. Les zoos dépensent des sommes faramineuses dans des programmes destinés à la reproduction et la réintroduction d’espèces sauvages, quand la priorité est d’empêcher la destruction de leurs espaces naturels, sous l’effet du changement climatique, de la déforestation ou de l’urbanisation.

La survie de l’emblématique ours polaire est ainsi menacée en raison du recul de la banquise arctique entraînée par le réchauffement. La population d’Ursus maritimus, classée comme « vulnérable » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), s’élèverait à 26 000 individus (entre 22 000 et 31 000) répartis en 19 sous-espèces, essentiellement au Canada, selon les dernières estimations de novembre 2015. Les effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici à 2040 si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement climatique. « L’ironie, relève Farid Benhammou, c’est que les installations réfrigérées des zoos qui détiennent des ours polaires consomment de l’énergie et donc génèrent les gaz à effet de serre qui détruisent l’habitat naturel de ces animaux et provoquent leur disparition. »

Le plus surprenant dans cette histoire est que les zoos sont encouragés à développer leur population par l’un des plus grands experts de l’ours polaire, l’Américain Steven Amstrup. Un scientifique à la fois membre du groupe des spécialistes de l’ours polaire auprès de l’IUCN, qui valide notamment les effectifs des populations de cette espèce, et directeur scientifique de la plus importante association dédiée à la protection des ours polaires, Polar Bear International, qui récolte des fonds en annonçant la fin prochaine de l’espèce.

Audrey Garric

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Paris bat tous les records de pluies depuis un siècle

A photo taken on June 5, 2016 shows the lighted Eiffel Tower in front of the Seine river in front Beaugrenelle in Paris. Parisians were urged to stay away from the Seine, which has spilled over its banks in places and on June 3, 2016 rose 6.07 metres (19ft 9ins) above its normal level. Authorities said the river could swell to "perhaps 6.5 metres (21 feet) in a worst-case scenario", comfortably beating a level reached during floods in 1982. The record remains the 8.68 metres reached during devastating floods in 1910. / AFP / Bertrand GUAY

Si vous vivez à Paris, vous aurez sans doute remarqué la météo déprimante à souhait. Un temps de gueux (on n’emploiera pas « chien » sur ce blog, car il n’y a pas de raison que les animaux soient toujours accusés) qui, conjugué à une actualité dramatique, donne envie, au mieux, de rester sous sa couette, au pire, de se jeter d’un pont (l’eau de la Seine est encore haute, la chute ne sera pas longue).

Dans ce constat, point de biais de confirmation d’une Toulousaine à Paris : le printemps dans la capitale a bien été exécrable, selon le bilan saisonnier qui vient d’être publié par Météo France et l’Agence parisienne du climat. Les précipitations ont atteint un cumul de 310 mm sur trois mois (+ 91 % par rapport aux normales), un record depuis 1900, non seulement pour les printemps (le dernier était de 262 mm en 1937), mais aussi toute saison confondue (devant l’été 1931 et ses 309 mm). Au total, il a plu 42 jours, soit 12 de plus que la normale de saison. Avec une fin de printemps en apothéose, qui aura valu bien des frayeurs au zouave du pont de l’Alma et à ses congénères : la quantité d’eau tombée en 4 jours, du 28 au 31 mai, est sans équivalent sur la période 1960 à nos jours.

Paris_Cumul_precipitations_printemps_2016

Forcément, l’ensoleillement en a pris un coup, avec une durée d’insolation de 437 heures pour une normale de saison de 488 heures. Les trois mois de la saison sont déficitaires : mars et avril de – 6 % et mai de – 17 %.

Côté températures, enfin, le printemps s’est révélé frisquet, avec une anomalie moyenne de – 0,5 °C. Dans le détail, le mois de mars a été plutôt frais comparé aux moyennes mensuelles 1981-2010 (- 1,2 °C), de même qu’avril (- 0,5 °C), mais à l’inverse de mai (+ 0,2 °C).

Paris_Anomalie_TemperatureMoyenne_Printemps_1960_2016

« Cette saison 2016, avec fraîcheur et pluviométrie record, est atypique et marque une rupture avec les printemps doux et peu pluvieux, notent les deux agences. Même si on observe des grandes tendances à long terme (réchauffement, diminution des précipitations, etc.) la variabilité météorologique à court terme, persiste. »

Un printemps très arrosé en France

Les Parisiens sont-ils les seuls à plaindre ? « La fraîcheur a souvent dominé durant ce printemps dans l’Hexagone, écrit Météo France dans son bilan saisonnier pour l’ensemble du pays, qui relève une température inférieure de 0,3 °C à la normale. La fin du mois d’avril et le début du mois de mai ont notamment connu un net rafraîchissement avec de nombreuses gelées tardives. Les précipitations ont été fréquentes sur une grande partie de l’Hexagone, excepté en Bretagne, en Provence et en Corse. » En moyenne sur la France, la pluviométrie a été excédentaire de 25 %. Pas de quoi se réjouir donc, mais une situation somme toute plus acceptable qu’à Paris.ThermoPrintemps_1959_2016_vf CARTE_FRANCE_ARR_2016PRI

« Selon les projections climatiques, dans un monde plus chaud, on aura un contraste plus marqué entre les hivers et les étés en termes de précipitations, explique Raphaëlle Kounkou-Arnaud, ingénieure climatologue à Météo France. Il y a une tendance à la hausse de la pluviométrie l’hiver et à la baisse l’été. Le signal n’est en revanche pas tranché pour les saisons intermédiaires. »

Vers un nouveau record mondial de chaleur en mai

Si on dézoome encore, à l’échelle du globe, la tendance est inverse. Selon les premiers résultats de la NASA, le mois de mai a de nouveau établi un record de douceur : il enregistre des températures moyennes de surface supérieures de 0,93 °C à la moyenne de 1951-1980. Si l’autre grande agence américaine du climat, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), classe également, ce vendredi, mai comme le plus chaud jamais enregistré, cela en ferait le 13e mois consécutif à battre ce record dans ses registres. Un record dans le record, en somme. Et selon les scientifiques, 2016 devrait surpasser 2015 comme l’année la plus chaude jamais enregistrée. Rappelons, à toutes fins utiles, qu’un tel réchauffement est préjudiciable aux écosystèmes et aux humains, et qu’il ne faudrait pas confondre climat et météo en lorgnant sur les températures plus avantageuses de certains de nos voisins.

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Audrey Garric

Photo : Inondations à Paris le 5 juin, AFP / Bertrand GUAY

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Non, 150 000 manchots ne sont pas morts en Antarctique à cause d’un iceberg

Adelie penguins walk on the ice at Cape Denison in Antarctica, in this December 12, 2009 file photo. Seeds and plants accidentally brought to the pristine frozen continent of Antarctica by tourists and scientists may introduce alien plant species which could threaten the survival of native plants in the finely balanced ecosystem, especially as climate change warms the ice continent, said a report in the Proceedings of the National Academy of Sciences Journal published on March 6, 2012. To match story ENVIRONMENT-ANTARCTIC/SEEDS    REUTERS/Pauline Askin/Files    (ANTARCTICA - Tags: ENVIRONMENT ANIMALS) - RTR2YWTR

Près de 150 000 manchots Adélie décimés par un gigantesque iceberg. C’est la triste nouvelle relayée depuis quelques jours par tous les médias, jusqu’au très sérieux Guardian. Selon ces sites, une colonie de l’est de l’Antarctique aurait vu son existence bouleversée par l’échouement d’un iceberg de 100 km2 – soit la superficie de Paris. Il les aurait contraints à faire un détour de 60 km pour aller chercher leur nourriture, entravant leur processus de reproduction. Résultat : la population de la colonie se serait effondrée à 10 000 individus en décembre 2013, contre environ 160 000 en février 2011. La réalité est beaucoup plus nuancée, et les manchots sont plus probablement déplacés que morts.

A l’origine de cette information, initialement diffusée par le Sydney Morning Herald le 12 février : l’étude de chercheurs du centre sur le changement climatique de l’université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) et du New Zealand’s West Coast Penguin Trust, publiée le 2 février dans Antarctic Science, une revue scientifique spécialisée éditée par Cambridge Journals Online.

Les auteurs ont étudié l’impact d’un iceberg géant nommé B09B, venu s’échouer sur la baie du Commonwealth, dans l’est du continent blanc, en décembre 2010 – et l’extension de la banquise côtière qui en découle – sur les comportements et capacités de reproduction des populations de manchot Adélie (Pygoscelis adeliae). Des comptages ont été réalisés en décembre 2013, lors d’une expédition scientifique le long de la côte, dans deux colonies de manchots, au cap Denison et sur les îles Mackellar.

Nulle mention de la mort de 150 000 oiseaux

Résultats : les chercheurs ont recensé « quelques milliers de manchots tout au plus, peut-être moins de mille » sur les îles Mackellar, contre 200 000 durant une précédente expédition en 1913 (« possiblement une surestimation »), et 80 000 couples en 2011. « Bien que le nombre de manchots Adélie a apparemment varié considérablement au cours du siècle dernier, en raison de facteurs inconnus, le recensement de 2013 reste nettement plus faible que ceux de 1997 et 2011 », écrivent les auteurs, qui parlent de « déclin catastrophique ». Au cap Denison, où ils évoquent plutôt une « redistribution », ils ont compté 5 520 nids occupés en 2013, contre 13 834 couples en 2011 et 10 000 oiseaux en 1931. Les chercheurs décrivent également « des centaines d’œufs abandonnés » et un sol « jonché de carcasses gelées de poussins de la saison précédente », tandis que les adultes apparaissent en « mauvaise condition ».

Two Adelie penguins stand on a block of melting ice atop a rocky shoreline at Cape Denison, Commonwealth Bay, East Antarctica, in this picture taken January 1, 2010. At age 34, Rachael Robertson accepted the biggest challenge of her life: to lead a large, 12-month expedition in Antarctica. Two months on, she found herself having to ask the team of 120 how they managed to get through a year's supply of condoms in just eight weeks. Robertson, a former chief ranger for the national parks service in Australia's Victoria state, spoke to Reuters about her book "Leading on the Edge" and how she developed a unique style of leadership using a technique called "no triangles". To match story BOOKS-ANTARCTICA/LEADERSHIP       Picture taken January 1, 2010.  REUTERS/Pauline Askin  (ANTARCTICA - Tags: ENVIRONMENT ANIMALS) - RTX18BUD

Nulle mention, en revanche, de la mort de 150 000 oiseaux, dont on aurait forcément retrouvé les carcasses gelées quelque part. Un des facteurs de confusion – au-delà de la tendance des médias à reprendre en boucle les mêmes informations – réside sans doute également dans le manque de clarté de l’étude, qui peine à établir des recensements précis et comparables.

« Je ne sais pas qui a commencé à diffuser cette information, mais nous n’avons jamais dit que 150 000 manchots étaient morts, prévient Kerry-Jayne Wilson, biologiste, professeure d’écologie néo-zélandaise et première auteure de l’étude. Les oiseaux ont probablement migré ailleurs, attendant des conditions plus favorables. »

Les œufs et les poussins affectés

Car une chose est sûre : l’iceberg bloqué dans la baie a modifié les modes de vie des manchots Adélie, en coupant leur accès à la mer. « Ces oiseaux ont besoin d’eau accessible dans les 2 ou 3 km de leur colonie », précisent les auteurs. Entre fin octobre et début février, les manchots nichent sur la côte et ont besoin d’être proches de l’océan pour ramener régulièrement de la nourriture (du krill essentiellement) à leurs poussins. Bloqués par l’iceberg B09B, les oiseaux des colonies du cap Denison et des îles Mackellar doivent désormais parcourir plus de 60 kilomètres « à patte » pour atteindre l’eau libre, ce qui est pour eux beaucoup plus coûteux en énergie que de nager.

« Ils sont capables de faire ces kilomètres à pied, et ne vont pas mourir de faim sur la banquise », précise Yan Ropert-Coudert, directeur de recherches au Centre d’études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres) et secrétaire du groupe d’experts sur les oiseaux et mammifères marins du Comité scientifique pour la recherche antarctique. Pas la peine, donc, d’imaginer une file indienne de cadavres.

An Adelie penguin stands atop a block of melting ice near the French station at Dumont d’Urville in East Antarctica January 23, 2010. Russia and the Ukraine on November 1, 2013 again scuttled plans to create the world's largest ocean sanctuary in Antarctica, pristine waters rich in energy and species such as whales, penguins and vast stocks of fish, an environmentalist group said. The Commission for the Conservation of Antarctic Marine Living Resources wound up a week-long meeting in Hobart, Australia, considering proposals for two "marine protected areas" aimed at conserving the ocean wilderness from fishing, drilling for oil and other industrial interests. Picture taken January 23, 2010. To match story ANTARCTIC-ENVIRONMENT/    REUTERS/Pauline Askin  (ANTARCTICA - Tags: ENVIRONMENT POLITICS ANIMALS) - RTX14WB2

En revanche, les œufs et les poussins pâtissent de cette situation. Sachant que les manchots se partagent les tâches en ce qui concerne les soins à prodiguer aux petits (quand l’un est sur le nid, l’autre est en mer en quête de proies), le temps passé par l’un hors du nid a un impact sur le sort de l’autre et de la couvée. Ainsi, le parent d’astreinte sur le nid jeûne en attendant le retour de son partenaire. Si ce dernier tarde trop, le parent affamé préférera abandonner le nid pour assurer sa survie. S’il est relayé après avoir jeûné de longs jours, il mettra plus de temps pour restaurer ses réserves en mer et restera à son tour loin du nid plus longtemps… Un cercle vicieux qui affecte le succès reproducteur. « En 2013-2014 à Dumont-d’Urville [la base scientifique française], la banquise n’avait pas débâclé, obligeant les manchots à parcourir quelque 100 km sur la banquise pour trouver l’eau libre. Et le succès reproducteur avait été désastreux, aucun poussin n’avait survécu », explique le chercheur.

Migration des manchots

Alors qu’est-il arrivé à ces manchots adultes ? La présence de l’iceberg a fait de leurs sites de reproduction des endroits inhospitaliers, inhabitables. Et c’est là où le bât blesse. « Un bon site, avec par exemple un bon accès à la mer, est essentiel, précise Yan Ropert-Coudert. Et pour augmenter leurs chances de se reproduire dans les meilleures conditions, il leur a fallu probablement chercher un meilleur site. C’est finalement assez logique. » Voilà pourquoi la plupart des adultes ont vraisemblablement préféré aller se reproduire ailleurs. Et le fait qu’une colonie située non loin de l’iceberg en question, sur les îles Hodgeman, voit sa population augmenter appuie cette hypothèse – qui aurait pu être confirmée si les oiseaux avaient été équipés de GPS.

An Adelie penguin is pictured at Cape Denison, Commonwealth Bay, East Antarctica in this December 16, 2009 file photo. Scientists have discovered a new strain of avian flu in the Antarctic, after testing a group of Adelie penguins,  according to an Australian-based researcher. "We found that this virus was unlike anything else detected in the world," Aeron Hurt of the World Health Organization's Collaborating Centre for Reference and Research on Influenza told Reuters from Melbourne on May 6, 2014. Picture taken December 16, 2009.   REUTERS/Pauline Askin/Files   (ANTARCTICA - Tags: ANIMALS DISASTER ENVIRONMENT HEALTH) - RTR3O822

Quand, en conclusion de l’étude, les auteurs préviennent que la colonie de Cap Denison pourrait être éteinte d’ici à vingt ans, cela signifie donc simplement que les manchots ne reviendront plus sur ce cap rocheux pour se reproduire et non pas leur extinction massive.

Effets complexes du réchauffement

Faut-il y voir un effet vicieux du changement climatique ? Difficile à dire, tant les facteurs qui régissent l’état de la glace de mer et le mouvement des icebergs sont nombreux et complexes. « Un réchauffement entraîne la fonte de la surface des glaciers, qui va tomber dans l’eau froide, regeler, et finalement former une banquise plus longue. Mais il peut aussi créer des zones de fractures plus sensibles, comme ce qu’il se passe en montagne avec les avalanches, et ainsi favoriser le décrochage d’icebergs », illustre le directeur de recherches.

Les changements globaux affectent chaque environnement local de manière différente, à différentes échelles, en fonction de ses caractéristiques propres. Si bien que les populations de manchots sont différemment touchées, selon leur localisation. « En Antarctique de l’Est par exemple, les populations sont en phase de stabilisation, alors que dans la péninsule elles sont en train de sérieusement baisser », conclut Yan Ropert-Coudert.

Audrey Garric et Marion Spée

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Photos Reuters

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