Paris bat tous les records de pluies depuis un siècle

A photo taken on June 5, 2016 shows the lighted Eiffel Tower in front of the Seine river in front Beaugrenelle in Paris. Parisians were urged to stay away from the Seine, which has spilled over its banks in places and on June 3, 2016 rose 6.07 metres (19ft 9ins) above its normal level. Authorities said the river could swell to "perhaps 6.5 metres (21 feet) in a worst-case scenario", comfortably beating a level reached during floods in 1982. The record remains the 8.68 metres reached during devastating floods in 1910. / AFP / Bertrand GUAY

Si vous vivez à Paris, vous aurez sans doute remarqué la météo déprimante à souhait. Un temps de gueux (on n’emploiera pas « chien » sur ce blog, car il n’y a pas de raison que les animaux soient toujours accusés) qui, conjugué à une actualité dramatique, donne envie, au mieux, de rester sous sa couette, au pire, de se jeter d’un pont (l’eau de la Seine est encore haute, la chute ne sera pas longue).

Dans ce constat, point de biais de confirmation d’une Toulousaine à Paris : le printemps dans la capitale a bien été exécrable, selon le bilan saisonnier qui vient d’être publié par Météo France et l’Agence parisienne du climat. Les précipitations ont atteint un cumul de 310 mm sur trois mois (+ 91 % par rapport aux normales), un record depuis 1900, non seulement pour les printemps (le dernier était de 262 mm en 1937), mais aussi toute saison confondue (devant l’été 1931 et ses 309 mm). Au total, il a plu 42 jours, soit 12 de plus que la normale de saison. Avec une fin de printemps en apothéose, qui aura valu bien des frayeurs au zouave du pont de l’Alma et à ses congénères : la quantité d’eau tombée en 4 jours, du 28 au 31 mai, est sans équivalent sur la période 1960 à nos jours.

Paris_Cumul_precipitations_printemps_2016

Forcément, l’ensoleillement en a pris un coup, avec une durée d’insolation de 437 heures pour une normale de saison de 488 heures. Les trois mois de la saison sont déficitaires : mars et avril de – 6 % et mai de – 17 %.

Côté températures, enfin, le printemps s’est révélé frisquet, avec une anomalie moyenne de – 0,5 °C. Dans le détail, le mois de mars a été plutôt frais comparé aux moyennes mensuelles 1981-2010 (- 1,2 °C), de même qu’avril (- 0,5 °C), mais à l’inverse de mai (+ 0,2 °C).

Paris_Anomalie_TemperatureMoyenne_Printemps_1960_2016

« Cette saison 2016, avec fraîcheur et pluviométrie record, est atypique et marque une rupture avec les printemps doux et peu pluvieux, notent les deux agences. Même si on observe des grandes tendances à long terme (réchauffement, diminution des précipitations, etc.) la variabilité météorologique à court terme, persiste. »

Un printemps très arrosé en France

Les Parisiens sont-ils les seuls à plaindre ? « La fraîcheur a souvent dominé durant ce printemps dans l’Hexagone, écrit Météo France dans son bilan saisonnier pour l’ensemble du pays, qui relève une température inférieure de 0,3 °C à la normale. La fin du mois d’avril et le début du mois de mai ont notamment connu un net rafraîchissement avec de nombreuses gelées tardives. Les précipitations ont été fréquentes sur une grande partie de l’Hexagone, excepté en Bretagne, en Provence et en Corse. » En moyenne sur la France, la pluviométrie a été excédentaire de 25 %. Pas de quoi se réjouir donc, mais une situation somme toute plus acceptable qu’à Paris.ThermoPrintemps_1959_2016_vf CARTE_FRANCE_ARR_2016PRI

« Selon les projections climatiques, dans un monde plus chaud, on aura un contraste plus marqué entre les hivers et les étés en termes de précipitations, explique Raphaëlle Kounkou-Arnaud, ingénieure climatologue à Météo France. Il y a une tendance à la hausse de la pluviométrie l’hiver et à la baisse l’été. Le signal n’est en revanche pas tranché pour les saisons intermédiaires. »

Vers un nouveau record mondial de chaleur en mai

Si on dézoome encore, à l’échelle du globe, la tendance est inverse. Selon les premiers résultats de la NASA, le mois de mai a de nouveau établi un record de douceur : il enregistre des températures moyennes de surface supérieures de 0,93 °C à la moyenne de 1951-1980. Si l’autre grande agence américaine du climat, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), classe également, ce vendredi, mai comme le plus chaud jamais enregistré, cela en ferait le 13e mois consécutif à battre ce record dans ses registres. Un record dans le record, en somme. Et selon les scientifiques, 2016 devrait surpasser 2015 comme l’année la plus chaude jamais enregistrée. Rappelons, à toutes fins utiles, qu’un tel réchauffement est préjudiciable aux écosystèmes et aux humains, et qu’il ne faudrait pas confondre climat et météo en lorgnant sur les températures plus avantageuses de certains de nos voisins.

 amaps

Audrey Garric

Photo : Inondations à Paris le 5 juin, AFP / Bertrand GUAY

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