Articles de la catégorie Actualité

Les voies impénétrables du désir

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« Le désir est toujours désir de quelque chose », nous dit Socrate par la voix de Platon dans son indispensable Banquet. Et c’est parce que ce « quelque chose » nous manque que nous en sentons le « besoin vital ».

Qu’est-ce que le désir ?

Le désir philosophique peut ainsi se définir comme une tension vers le « désirable », quel que soit ce « désirable », objet, sujet, état de fait… Dans cette conception du « désir/manque », la plénitude et la satisfaction découlent de la possession de ce qui nous est « désirable ». Les philosophes de l’Antiquité grecque soulignent ainsi le lien du désir au manque et de l’attention portée aux passions qui sont susceptibles de nous faire souffrir. La psychanalyse a pris le relais de la philosophie dans cette curieuse OPA sur le désir. Et Freud paraît être, lui-même, un philosophe de l’Antiquité lorsqu’il assigne au désir une place centrale dans la théorie psychanalytique. Nécessité de connaître ses désirs profonds pour éviter le mal-être lié au manque.

Mais pour Freud, désir et plaisir sont fondamentalement liés, le désir étant la trace du tout premier ressenti de plaisir, car on ne peut désirer que ce que l’on a déjà connu.

Les approches philosophique et psychanalytique nous sont depuis longtemps indispensables pour la compréhension du « sujet » et de son libre arbitre. Elles pêchent cependant par leur dimension spéculative et profondément subjective. Les étonnantes recherches neuro-psycho-biologiques menées maintenant depuis plusieurs décennies au monde entier nous offrent des arguments solides pour repenser de nombreuses questions engageant le cerveau et la psyché, tout particulièrement en ce qui concerne le concept de « désir » pour lequel Serge Stoléru vient de publier une remarquable synthèse.

Neuro-psycho imagerie

Les neuro-hormones sont maintenant bien connues, chacun a entendu parler d’adrénaline, de sérotonine, de dopamine… Ces neuro-hormones sont les courroies de transmission de notre machine cérébrale extrêmement sophistiquée – on parle du cerveau humain comme de l’objet le plus complexe de l’univers – qui concourent tant au fonctionnement cérébral qu’à la production des pensées, des images et du langage. C’est certainement cette complexité – et non duplicité – qui oppose les nombreux détracteurs de la réalité biologique. Non, la biologie n’est pas un adversaire de la psychologie et la compréhension des mécanismes bio-comportementaux n’est pas antinomique avec la psychologie et la psychanalyse. Biologie et psychisme sont des concomitants – c’est-à-dire des activités qui se produisent en même temps – de notre cerveau humain. Les considérables progrès en imagerie cérébrale fonctionnelle (scanner, I.R.M…) depuis les vingt dernières années ont permis de mieux comprendre les voies neuronales, les centres d’activation ou d’inhibition des fonctions psychiques et, dans une certaine mesure, la façon dont le cerveau traite les informations, les émotions, les sentiments… Tout ceci étant confirmé par des dizaines d’expérimentations issues de chercheurs de nombreuses nationalités.

Serge Stoléru est psychiatre, docteur en psychologie, chercheur à l’unité Inserm de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, et l’un des premiers à avoir utilisé des techniques de neuro-imagerie fonctionnelle pour comprendre les bases neurobiologiques impliquées dans la sexualité et, tout particulièrement, le désir sexuel.

Les voies du désir

C’est par des expériences à la fois très simples mais démonstratives et amplement prouvées par la répétition des résultats dans le même sens, que nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre cette implication du cerveau dans nos comportements amoureux. Lorsque par exemple dans l’étude de Lisa Weling, de l’université d’Aberdeen, on montre très clairement que la féminité du visage des femmes attire plus particulièrement les hommes les jours où ils présentent un taux de testostérone plus élevé. Lorsque plusieurs études semblent souligner pour une part le caractère constitutionnel de la fréquence sexuelle.

Outre les hormones (testostérone, prolactine, hormone lutéinique…) et les neuro-hormones (dopamine, sérotonine…), qui sont des courroies de transmission du « désir », des voies neuronales ont bien été identifiées : l’hypothalamus (carrefour décisionnel de l’activation ou de l’inhibition du désir sexuel), le système limbique (très impliqué dans les émotions), des zones qui activent le désir sexuel comme le cortex cingulaire antérieur, l’amygdale, la substance noire… des zones qui inhibent le désir comme le cortex orbito-frontal… N’oublions pas la symbolique des étymologies quand, en grec, le thalamus est « la chambre d’amour ».

La complexité de cette activation/inhibition est aujourd’hui mieux connue. Le remarquable ouvrage de Serge Stoléru* nous permet d’entrer dans cette mécanique complexe, de la relativiser et de l’intégrer aux données de notre connaissance psychologique pour comprendre la place des mécanismes cérébraux dans l’accomplissement de l’une des grandes énigmes de l’humain : le désir amoureux et sexuel.

Serge Stoléru sera l’invité – avec moi-même – de Mathieu Vidard dans la Tête au Carré sur France Inter mercredi 21 septembre de 14 à 15 heures.

 

 

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* Serge Stoléru, Un cerveau nommé désir, sexe, amour et neurosciences, Éditions Odile Jacob, 2016.

 

 

 

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L’art du Kinbaku

Nobuyoshi Araki

Le Kinbaku prend sa source dans l’art martial du ligotage, technique de guerre du Japon ancestral. Les prisonniers étaient ainsi ligotés de telle sorte qu’ils ne pouvaient fuir. Le Kinbaku en est une même utilisation au profit de l’érotisme. Aujourd’hui et en Occident, certains appelleraient cela « bondage » faisant fi du contexte culturel et de la « dimension spirituelle » de l’appropriement des corps.

Nobuyoshi Araki

Depuis près de 50 ans, le grand photographe japonais Nobuyoshi Araki a fixé sur sa pellicule des milliers de femmes ligotées selon les règles du Kinbaku et dans sa façon très particulière de peindre le réel. La rétrospective que lui consacre le musée Guimet à Paris (13 avril – 5 septembre 2016) découvre un journal intime associant les Fleurs de vie, scénographie érotique et intimiste de corolles et pistils, à l’hommage rendu d’Araki à Yoko, son épouse et muse qu’il immortalisa jusque dans la mort, et à l’impressionnante série du Kinbaku. Le regard tranquille d’Araki sur ces corps de femme immobiles et nus, suspendus, nous introduit à l’esthétique presque spirituelle du photographe. La sérénité des visages nous détourne de l’érotisme immédiat. Nulle excitation qui vienne déranger l’intériorisation que propose l’artiste.

Les mises en scène de Nobuyoshi Araki sont autant de points de vue fixés jour après jour par l’inlassable photographe qui nous propose d’entrer avec bonheur dans son monde intérieur.

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Araki – du 13 avril au 5 septembre 2016 – Musée Guimet – Paris.

 

L’Amour moderne

Extrait de l'album de Ptiluc, L'amour Moderne

Extrait de l’album de Ptiluc, L’amour Moderne, (Editions Paquet)

 

L’Amour moderne, dernier album de Ptiluc, pénètre au cœur de ce qui est aujourd’hui l’interrogation de toutes les générations : comment rencontrer, aimer et faire durer l’amour à une époque où beaucoup de repères ont changé, où le sexe est omniprésent, où l’amour est LA GRANDE AFFAIRE qui occupe tous les contemporains.

Ptiluc nous éclaire avec la bienveillance de son regard direct et le ton acide que l’on a connu dans ses albums précédents, Faces de rats (Vents d’Ouest, 1987 et 1997) ou Lame de fond (Fluide glacial, 2014), pour ne citer qu’eux.

Les codes

Les codes ont changé, la rencontre est aujourd’hui médiatisée par des applis, des écrans, des ordis, mais le dilemme est toujours le même : parvenir à la rencontre de l’être idéal, ou fantasmé. Et le doute envahit l’esprit, le tourment intérieur broie les idées noires, l’angoisse et la lassitude s’installent. La parole apaise un instant le tourment.

PSYCHANALYSE

Si la psychanalyse aide à s’y retrouver dans nos pensées discordantes, le problème reste entier : c’est la rencontre du Prince et de la Princesse. Car cette relation idéalisée existe toujours dans l’imaginaire amoureux occidental. Chacun s’en accommode d’une façon personnelle, Ptiluc nous décrit le parcours du combattant de l’amoureux moderne.

 

PRINCE

La séduction médiatisée devient un travail à temps plein, une « multi-séduction », il faut à ce prince éconduit « une partenaire pour chacune de ses facettes ». La connexion devient obsession. Les écrans occupent tout l’espace alentour : le monde sombre dans le collectionnisme compulsif. « Chercher, acheter, vendre, séduire, tout se fait par la machine. Le vrai noyau passionnel, c’est elle. » Ptiluc nous mène dans un monde à venir que l’on imagine profondément virtuel, dominé par les machines, un monde de vérité qui ne connaîtrait pas le mensonge tant il est vérifié, contrôlé.

Il faut dire que la vie des Geeks, hyperconnectés, n’est vraiment pas drôle !

Conseil

En ce qui concerne la médiatisation de la rencontre, on parle souvent de rendez-vous virtuels. Oui ils existent, mais ne sont pas la majorité. La rencontre est essentiellement médiatisée par des écrans et des applis permettant des rapprochements improbables pour surtout parvenir à la rencontre réelle de deux corps, de deux épidermes, de deux sexes. Dans ce parcours du combattant il semble aujourd’hui important d’abandonner rapidement la médiatisation informatique pour un contact direct, d’abord vocal et charnel (téléphone) puis physique : la vraie rencontre.

Il n’est jamais trop tard pour réfléchir sur soi et prendre conscience de la part  pour laquelle nous sommes dans les difficultés de la rencontre, dans la complexité de la relation, dans le maintien de la flamme amoureuse. Le regard pertinent de Ptiluc nous aide à nous y retrouver.

 

Ptiluc, Questionnements sur l’amour moderne : www.adoptelalouze.com, Editions Paquet, juin 2016.

L'amour moderne Ptiluc

A quoi sert le sexe ?

 

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L’atelier des idées des éditions Belin collationne des réflexions nécessaires à notre compréhension du monde. C’est Anna Alter qui a recueilli les réponses de trois grands experts à cette question : A quoi sert le sexe ? Mireille Bonierbale est psychiatre et sexologue, directrice des enseignements de sexologie à l’université d’Aix Marseille, elle est l’une des fondatrices de la sexologie en France ; Michel Bozon est sociologue, il a notamment dirigé avec Nathalie Bajos la grande enquête sur La Sexualité des français parue en 2008 aux éditions La Découverte ; Pierre Henri Gouyon est biologiste, il réfléchit plus particulièrement sur la grande aventure de l’évolution animale et en particulier de la sexualité.

A quoi sert donc le sexe ? Cette drôle de question, d’ordinaire ne se pose pas. « Elle n’effleure même pas l’esprit quand les corps se frottent, se caressent et s’emboîtent. Est-ce qu’on s’interroge sur l’utilité du nez au milieu de la figure ? » Cela paraît tellement naturel qu’il n’y a pas utilité à y répondre, se dit-on.

C’est avant tout un apprentissage

Or l’on apprend que le sexe est fondamentalement appris, au plan de ses comportements, et construit par la culture et la société. C’est ainsi que la sexualité d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier en raison des références qui construisent notre monde de l’intime. « Le sexe n’est pas naturel, cela s’apprend. Souvenez-vous de l’histoire de Victor de l’Aveyron, un « enfant sauvage » qui fascina les hommes des Lumières à la fin du XVIIIe siècle… découvert à l’âge de onze ans, après avoir grandi dans les forêts de l’Aveyron sans jamais de contact avec la société des hommes… il ne réussit jamais à apprendre à parler… on peut faire l’hypothèse que, n’ayant pas eu de liens avec d’autres humains, n’ayant pas connu de socialisation au contact de ses semblables, Victor ne savait rien faire sur le plan sexuel » « L’être humain doit nécessairement apprendre culturellement ce qu’il a à faire sexuellement. »

De l’animal à l’humain

Mais à quoi sert donc le sexe pour l‘espèce et pour l’évolution ? En réalité, sexe et reproduction ne sont pas obligatoirement liés. « Pour fabriquer des descendants, les bactéries se scindent en deux cellules-filles qui sont des clones exacts de leur « mère »… » La vie peut également se reproduire sans mâle, comme dans le cas des lézards fouette-queue du désert du Sonora de l’Arizona, les femelles s’accouplant entre elles pour ovuler. Elles déclenchent leur ovulation à la suite de parades nuptiales entre elles, « les unes faisant le mâle, les autres restant elles-mêmes, et ce à tour de rôle. Ensuite, chacune va pondre ses œufs dans un coin. » La vie sexuelle animale est très complexe et variée, sexualité et fécondité n’étant pas toujours intimement liées. Dans l’humanité, par contre, ces deux dimensions vont progressivement devenir autonomes pour constituer la sexualité qui est la nôtre aujourd’hui.

Chez l’humain actuel, la sexualité des femmes et celles des hommes sont assez fondamentalement différentes. Désir, plaisir, soupirs… résonnent sur des tempos distincts. « La sexualité fait partie des grands équilibres de notre vie. Elle permet de se sentir bien dans son corps et dans son cœur. Mais les réponses sexuelles des femmes ne sont pas équivalentes à celles des hommes qui n’ont ni les mêmes rythmes ni les mêmes fantasmes… La sexualité féminine est une sexualité prioritairement ressentie, la sexualité masculine une sexualité essentiellement agie. »

Riche de ces trois expériences très complémentaires, ce livre répond en profondeur aux questions que nous nous posons tous sur le sexe, l’amour, la relation entre humains.

A quoi sert le sexe ? de Mireille Bonierbale, Michel Bozon et Pierre Henri Gouyon, Belin, 2015.

A quoi

La justice secrète : indic, infiltré, repenti, collaborateur…

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