Articles de la catégorie Amour

L’Obscénité des fleurs

capture-decran-2016-11-07-a-11-18-19

La plus célèbre des plantes carnivores, la Dionée « attrape mouches », est étonnante de ressemblance avec la fleur vaginale. Il n’en fallait pas moins pour que des pensées malicieuses y voient ce vagin denté que craignent terriblement les hommes. Dans La Curée, Zola joue d’une telle métaphore lorsque Renée, mâchant une plante carnivore – la Dionée évidemment – prend conscience de l’objet de son désir. Zola souligne « son parfum d’amour monstrueux, sa douceur vicieuse de fleur blonde ».

La femme et la fleur ont tant de chemins communs – Fourest les a chantés dans la Négresse blonde, Corbin les a dépeints dans le Miasme et la jonquille et Jean-Pierre Cotte dans l’Amour au jardin – qu’il faut sans cesse les parcourir pour mieux les comprendre.

Marie-Florence Ehret

Marie-Florence Ehret, auteure bien connue d’une importante oeuvre romanesque, de poésie et de littérature jeunesse, lira l’Obscénité des fleurs* lundi 14 novembre à 19h 30 au Connétable, 43 rue des Archives à Paris.

Sa plume nous parle : « Quand je fais l’amour avec toi, j’ai l’impression de baiser une fleur », disait-il. Il n’était pas beau, mais il savait parler du sexe, le faire, comme disent les Américains. Il savait aussi se taire au bon moment. Et me faire crier, gémir, soupirer, rire. Aucun, avant lui, n’avait su me donner une jouissance si riante. Sauf B. peut-être, ou C. ?

Elle évoque le printemps :  « Lorsque les premières petites fleurs sauvages pointent leurs tétons sous l’humus déposé par l’hiver et que tous les espoirs sont permis ».

Et poursuit son thème romanesque : « Un jour, je suis partie, loin, sur un autre continent. Il est retourné draguer ses sirènes urbaines et souterraines, au fond de ses aquariums de faïence blanche.Nous nous sommes retrouvés le temps d’une étreinte et puis il a disparu, me laissant le sexe en feu. Je n’ai pas reconnu l’ennemi, le chlamydia. Je l’avais déjà rencontré pourtant, en même temps qu’une salpingite. Je me souviens, quand le médecin – c’était une femme, froide, professionnelle – m’a annoncé que j’avais une infection, j’ai pleuré, j’étais si jeune encore. Au début, elle voulait même me faire hospitaliser. Quelle histoire ! Huit jours sans quitter mon lit. L’infirmière passait chaque matin pour me faire une piqûre. Je dessinais la fenêtre, le bouquet de fleurs posé sur le bureau. Mon lit est devenu un navire sur lequel je fis en solitaire le plus exotique de tous les voyages. J’avais quitté mon mari. Je voulais changer de vie, reprendre ma liberté, je pris des antibiotiques. La thérapie était brutale, mais efficace. Pour la salpingite. Les chlamydiae, eux, résistaient, insensible-ment. J’écrivais des poèmes que j’intitulais : Sérologie des Chlamydiae, je faisais des analyses du même nom, mon sexe était éteint mais le résultat des analyses était positif. Je reprenais des antibiotiques. Un jour, enfin, on ne détecta plus cette microscopique engeance. Je me crus libre. Je le fus. Presque.
Chlamydia, gardénia … C’est joli, non ? On dirait un nom de fleur. Vous aimez les fleurs ? »

 

piece-jointe

  • De Marie-Florence Ehret, L’Obscénité des fleurs, avec des monotypes de Marie Alloy, Alain Lucien Benoit ed., 2003. Et vient de paraître (octobre 2016) : Joséphine Baker, des trottoirs de Saint Louis aux marches du Panthéon, Editions de la Différence, 2016.

Les voies impénétrables du désir

Capture d’écran 2016-09-20 à 12.52.17

« Le désir est toujours désir de quelque chose », nous dit Socrate par la voix de Platon dans son indispensable Banquet. Et c’est parce que ce « quelque chose » nous manque que nous en sentons le « besoin vital ».

Qu’est-ce que le désir ?

Le désir philosophique peut ainsi se définir comme une tension vers le « désirable », quel que soit ce « désirable », objet, sujet, état de fait… Dans cette conception du « désir/manque », la plénitude et la satisfaction découlent de la possession de ce qui nous est « désirable ». Les philosophes de l’Antiquité grecque soulignent ainsi le lien du désir au manque et de l’attention portée aux passions qui sont susceptibles de nous faire souffrir. La psychanalyse a pris le relais de la philosophie dans cette curieuse OPA sur le désir. Et Freud paraît être, lui-même, un philosophe de l’Antiquité lorsqu’il assigne au désir une place centrale dans la théorie psychanalytique. Nécessité de connaître ses désirs profonds pour éviter le mal-être lié au manque.

Mais pour Freud, désir et plaisir sont fondamentalement liés, le désir étant la trace du tout premier ressenti de plaisir, car on ne peut désirer que ce que l’on a déjà connu.

Les approches philosophique et psychanalytique nous sont depuis longtemps indispensables pour la compréhension du « sujet » et de son libre arbitre. Elles pêchent cependant par leur dimension spéculative et profondément subjective. Les étonnantes recherches neuro-psycho-biologiques menées maintenant depuis plusieurs décennies au monde entier nous offrent des arguments solides pour repenser de nombreuses questions engageant le cerveau et la psyché, tout particulièrement en ce qui concerne le concept de « désir » pour lequel Serge Stoléru vient de publier une remarquable synthèse.

Neuro-psycho imagerie

Les neuro-hormones sont maintenant bien connues, chacun a entendu parler d’adrénaline, de sérotonine, de dopamine… Ces neuro-hormones sont les courroies de transmission de notre machine cérébrale extrêmement sophistiquée – on parle du cerveau humain comme de l’objet le plus complexe de l’univers – qui concourent tant au fonctionnement cérébral qu’à la production des pensées, des images et du langage. C’est certainement cette complexité – et non duplicité – qui oppose les nombreux détracteurs de la réalité biologique. Non, la biologie n’est pas un adversaire de la psychologie et la compréhension des mécanismes bio-comportementaux n’est pas antinomique avec la psychologie et la psychanalyse. Biologie et psychisme sont des concomitants – c’est-à-dire des activités qui se produisent en même temps – de notre cerveau humain. Les considérables progrès en imagerie cérébrale fonctionnelle (scanner, I.R.M…) depuis les vingt dernières années ont permis de mieux comprendre les voies neuronales, les centres d’activation ou d’inhibition des fonctions psychiques et, dans une certaine mesure, la façon dont le cerveau traite les informations, les émotions, les sentiments… Tout ceci étant confirmé par des dizaines d’expérimentations issues de chercheurs de nombreuses nationalités.

Serge Stoléru est psychiatre, docteur en psychologie, chercheur à l’unité Inserm de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, et l’un des premiers à avoir utilisé des techniques de neuro-imagerie fonctionnelle pour comprendre les bases neurobiologiques impliquées dans la sexualité et, tout particulièrement, le désir sexuel.

Les voies du désir

C’est par des expériences à la fois très simples mais démonstratives et amplement prouvées par la répétition des résultats dans le même sens, que nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre cette implication du cerveau dans nos comportements amoureux. Lorsque par exemple dans l’étude de Lisa Weling, de l’université d’Aberdeen, on montre très clairement que la féminité du visage des femmes attire plus particulièrement les hommes les jours où ils présentent un taux de testostérone plus élevé. Lorsque plusieurs études semblent souligner pour une part le caractère constitutionnel de la fréquence sexuelle.

Outre les hormones (testostérone, prolactine, hormone lutéinique…) et les neuro-hormones (dopamine, sérotonine…), qui sont des courroies de transmission du « désir », des voies neuronales ont bien été identifiées : l’hypothalamus (carrefour décisionnel de l’activation ou de l’inhibition du désir sexuel), le système limbique (très impliqué dans les émotions), des zones qui activent le désir sexuel comme le cortex cingulaire antérieur, l’amygdale, la substance noire… des zones qui inhibent le désir comme le cortex orbito-frontal… N’oublions pas la symbolique des étymologies quand, en grec, le thalamus est « la chambre d’amour ».

La complexité de cette activation/inhibition est aujourd’hui mieux connue. Le remarquable ouvrage de Serge Stoléru* nous permet d’entrer dans cette mécanique complexe, de la relativiser et de l’intégrer aux données de notre connaissance psychologique pour comprendre la place des mécanismes cérébraux dans l’accomplissement de l’une des grandes énigmes de l’humain : le désir amoureux et sexuel.

Serge Stoléru sera l’invité – avec moi-même – de Mathieu Vidard dans la Tête au Carré sur France Inter mercredi 21 septembre de 14 à 15 heures.

 

 

Mise en page 1 

 

 

* Serge Stoléru, Un cerveau nommé désir, sexe, amour et neurosciences, Éditions Odile Jacob, 2016.

 

 

 

L’Amour moderne

Extrait de l'album de Ptiluc, L'amour Moderne

Extrait de l’album de Ptiluc, L’amour Moderne, (Editions Paquet)

 

L’Amour moderne, dernier album de Ptiluc, pénètre au cœur de ce qui est aujourd’hui l’interrogation de toutes les générations : comment rencontrer, aimer et faire durer l’amour à une époque où beaucoup de repères ont changé, où le sexe est omniprésent, où l’amour est LA GRANDE AFFAIRE qui occupe tous les contemporains.

Ptiluc nous éclaire avec la bienveillance de son regard direct et le ton acide que l’on a connu dans ses albums précédents, Faces de rats (Vents d’Ouest, 1987 et 1997) ou Lame de fond (Fluide glacial, 2014), pour ne citer qu’eux.

Les codes

Les codes ont changé, la rencontre est aujourd’hui médiatisée par des applis, des écrans, des ordis, mais le dilemme est toujours le même : parvenir à la rencontre de l’être idéal, ou fantasmé. Et le doute envahit l’esprit, le tourment intérieur broie les idées noires, l’angoisse et la lassitude s’installent. La parole apaise un instant le tourment.

PSYCHANALYSE

Si la psychanalyse aide à s’y retrouver dans nos pensées discordantes, le problème reste entier : c’est la rencontre du Prince et de la Princesse. Car cette relation idéalisée existe toujours dans l’imaginaire amoureux occidental. Chacun s’en accommode d’une façon personnelle, Ptiluc nous décrit le parcours du combattant de l’amoureux moderne.

 

PRINCE

La séduction médiatisée devient un travail à temps plein, une « multi-séduction », il faut à ce prince éconduit « une partenaire pour chacune de ses facettes ». La connexion devient obsession. Les écrans occupent tout l’espace alentour : le monde sombre dans le collectionnisme compulsif. « Chercher, acheter, vendre, séduire, tout se fait par la machine. Le vrai noyau passionnel, c’est elle. » Ptiluc nous mène dans un monde à venir que l’on imagine profondément virtuel, dominé par les machines, un monde de vérité qui ne connaîtrait pas le mensonge tant il est vérifié, contrôlé.

Il faut dire que la vie des Geeks, hyperconnectés, n’est vraiment pas drôle !

Conseil

En ce qui concerne la médiatisation de la rencontre, on parle souvent de rendez-vous virtuels. Oui ils existent, mais ne sont pas la majorité. La rencontre est essentiellement médiatisée par des écrans et des applis permettant des rapprochements improbables pour surtout parvenir à la rencontre réelle de deux corps, de deux épidermes, de deux sexes. Dans ce parcours du combattant il semble aujourd’hui important d’abandonner rapidement la médiatisation informatique pour un contact direct, d’abord vocal et charnel (téléphone) puis physique : la vraie rencontre.

Il n’est jamais trop tard pour réfléchir sur soi et prendre conscience de la part  pour laquelle nous sommes dans les difficultés de la rencontre, dans la complexité de la relation, dans le maintien de la flamme amoureuse. Le regard pertinent de Ptiluc nous aide à nous y retrouver.

 

Ptiluc, Questionnements sur l’amour moderne : www.adoptelalouze.com, Editions Paquet, juin 2016.

L'amour moderne Ptiluc

Cent ans que l’on s’aime !

Amour-courtois-14

Le lien amoureux dans l’union conjugale, qu’elle soit mariage, pacs ou union libre, est somme toute assez récent. Nous avons pourtant l’impression qu’il en a toujours été ainsi dans la mesure où, lorsqu’on est en couple, on désire vivre un lien fort sur le plan amoureux mais aussi sur le plan érotique, sexuel et même moral. Il n’en a cependant pas été toujours ainsi, ces différents liens étant en général séparés dans l’histoire des sociétés, le lien matrimonial réservé la plupart du temps à la fécondation et à la filiation, le lien érotique se réalisant en dehors du mariage et parfois la relation morale ou amicale avec un partenaire encore différent.

L’amour dans l’Antiquité

Yves Ferroul fait une intéressante lecture de l’évolution des mentalités depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui à travers le prisme du couple et de la famille pour bien en comprendre l’évolution : « Tous les beaux parleurs de l’Antiquité n’ont pas un seul mot pour désigner le sentiment amoureux comme base de l’union des époux. Inconcevable pour un Grec de se marier par amour : le concept est inimaginable ! Les Romains ne montreront guère plus de ferveur amoureuse pour leurs épouses… Quelle force supérieure s’est donc imposée pour soumettre à ce point la femme jusqu’à en faire une marchandise ? »

Très vite, dans l’histoire de l’humanité, les humains ont pris conscience du lien entre la sexualité et la fécondité et ont inventé une « division des femmes » entre celles qui sont destinées à la reproduction des dominants et celles qui servent au plaisir. « Les religions vont entériner cette séparation entre sexualité de reproduction et sexualité de plaisir. » Nous sommes au cœur de l’Antiquité occidentale où s’organise le système patriarcal autour de la domination masculine. C’est le géniteur qui a le beau rôle, qui a tous les droits, domine la société et « ensemence la femme ». Cela s’observe en Grèce, et par la suite à Rome où la virilité est synonyme de « pénétration », les mâles ayant donc tout droit de « pénétrer » tous les individus pénétrables : l’épouse, la prostituée, l’esclave, qu’ils soient hommes ou femmes. Cette capacité à la « pénétration » fait des hommes les êtres supérieurs. Le corollaire est extrêmement simple : tous ceux qui sont « pénétrables » sont des êtres inférieurs, la femme étant ici naturellement un être inférieur. C’est le constat d’Aristote qui sera inflexible dans un discours très misogyne pour assigner des rôles aux représentants des deux sexes. C’est ce que répéteront tous les hommes des générations suivantes, dans la mesure où cette règle leur permet de conserver leur statut dominant.

Le mariage

« En Grèce, le mariage est une union de convenance par laquelle un chef de famille donne sa fille à un autre homme. C’est un acte privé… La jeune fille n’a jamais son mot à dire. Ce contrat place la mariée et sa dot sous la tutelle du mari et, en cas de rupture du contrat, la dot est restituée au père. » Le mariage offre une légitimité aux enfants de l’épouse alors que ceux de la concubine seront des bâtards exclus de l’héritage. Cette règle vaudra à Rome puis dans l’ensemble de l’Occident jusqu’aux dernières décennies.

Mais qu’en est-il de la relation entre les époux ? Une fois mariées, les filles n’ont pas voix au chapitre, les épouses légitimes sont destinées à la reproduction et renoncent, d’une certaine façon, aux relations sexuelles. Il y a pour cela des partenaires spécialisés : les esclaves, les concubines et les prostituées. « Cette distinction entre les femmes pour les enfants et les femmes pour le plaisir est un élément constitutif du monde antique ».

Corollaire de cette ségrégation, certaines épouses légitimes à Rome, porteront plainte contre leurs époux pour avoir tenté de profiter de la relation intime, c’est à dire profiter de leur corps. Et ceux-ci seront condamnés ! Le mariage n’était donc, à l’époque, jamais un mariage d’amour.

Si certaines époques, comme le Moyen-âge, ont ensuite été plus favorables à l’amour, cela a toujours été de façon transitoire car l’ordre masculin reprenait sa position dominante. Yves Ferroul nous précise combien le Moyen-âge est à l’origine du couple moderne à travers les idées nouvelles qui transparaissent dans les chansons des troubadours. Des idéologies nouvelles se mettent en place « un homme peut aimer une femme, consacrer sa vie à l’amour de cette femme, et cela est bien ». Période d’ouverture suivie de quelques siècles de régression jusqu’au 19e siècle où l’on parle enfin d’amour dans le mariage. C’est le temps du romantisme qui magnifie la passion amoureuse. La littérature romanesque soutiendra ce mouvement de transformation du mariage vers l’union que nous connaissons aujourd’hui – qu’elle soit légale ou concubine – c’est à dire l’union de deux personnes désirantes dans le respect et l’égalité.

Cette réalité que souligne Yves Ferroul, « Le mariage d’amour n’a que cent ans », est une réalité à méditer lorsqu’on perçoit la fragilité de cet édifice et pour en apprécier plus encore la valeur.

Capture d’écran 2015-05-26 à 22.36.26

Ferroul Y et Caron-Verschave L, Le mariage d’amour n’a que cent ans, une histoire du couple, Odile Jacob, 2015.



Mentions légales

Flux RSS. Blog propulsé par Wordpress et Modern Clix, thème par Rodrigo Galindez.