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L’Obscénité des fleurs

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La plus célèbre des plantes carnivores, la Dionée « attrape mouches », est étonnante de ressemblance avec la fleur vaginale. Il n’en fallait pas moins pour que des pensées malicieuses y voient ce vagin denté que craignent terriblement les hommes. Dans La Curée, Zola joue d’une telle métaphore lorsque Renée, mâchant une plante carnivore – la Dionée évidemment – prend conscience de l’objet de son désir. Zola souligne « son parfum d’amour monstrueux, sa douceur vicieuse de fleur blonde ».

La femme et la fleur ont tant de chemins communs – Fourest les a chantés dans la Négresse blonde, Corbin les a dépeints dans le Miasme et la jonquille et Jean-Pierre Cotte dans l’Amour au jardin – qu’il faut sans cesse les parcourir pour mieux les comprendre.

Marie-Florence Ehret

Marie-Florence Ehret, auteure bien connue d’une importante oeuvre romanesque, de poésie et de littérature jeunesse, lira l’Obscénité des fleurs* lundi 14 novembre à 19h 30 au Connétable, 43 rue des Archives à Paris.

Sa plume nous parle : « Quand je fais l’amour avec toi, j’ai l’impression de baiser une fleur », disait-il. Il n’était pas beau, mais il savait parler du sexe, le faire, comme disent les Américains. Il savait aussi se taire au bon moment. Et me faire crier, gémir, soupirer, rire. Aucun, avant lui, n’avait su me donner une jouissance si riante. Sauf B. peut-être, ou C. ?

Elle évoque le printemps :  « Lorsque les premières petites fleurs sauvages pointent leurs tétons sous l’humus déposé par l’hiver et que tous les espoirs sont permis ».

Et poursuit son thème romanesque : « Un jour, je suis partie, loin, sur un autre continent. Il est retourné draguer ses sirènes urbaines et souterraines, au fond de ses aquariums de faïence blanche.Nous nous sommes retrouvés le temps d’une étreinte et puis il a disparu, me laissant le sexe en feu. Je n’ai pas reconnu l’ennemi, le chlamydia. Je l’avais déjà rencontré pourtant, en même temps qu’une salpingite. Je me souviens, quand le médecin – c’était une femme, froide, professionnelle – m’a annoncé que j’avais une infection, j’ai pleuré, j’étais si jeune encore. Au début, elle voulait même me faire hospitaliser. Quelle histoire ! Huit jours sans quitter mon lit. L’infirmière passait chaque matin pour me faire une piqûre. Je dessinais la fenêtre, le bouquet de fleurs posé sur le bureau. Mon lit est devenu un navire sur lequel je fis en solitaire le plus exotique de tous les voyages. J’avais quitté mon mari. Je voulais changer de vie, reprendre ma liberté, je pris des antibiotiques. La thérapie était brutale, mais efficace. Pour la salpingite. Les chlamydiae, eux, résistaient, insensible-ment. J’écrivais des poèmes que j’intitulais : Sérologie des Chlamydiae, je faisais des analyses du même nom, mon sexe était éteint mais le résultat des analyses était positif. Je reprenais des antibiotiques. Un jour, enfin, on ne détecta plus cette microscopique engeance. Je me crus libre. Je le fus. Presque.
Chlamydia, gardénia … C’est joli, non ? On dirait un nom de fleur. Vous aimez les fleurs ? »

 

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  • De Marie-Florence Ehret, L’Obscénité des fleurs, avec des monotypes de Marie Alloy, Alain Lucien Benoit ed., 2003. Et vient de paraître (octobre 2016) : Joséphine Baker, des trottoirs de Saint Louis aux marches du Panthéon, Editions de la Différence, 2016.

Cent ans que l’on s’aime !

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Le lien amoureux dans l’union conjugale, qu’elle soit mariage, pacs ou union libre, est somme toute assez récent. Nous avons pourtant l’impression qu’il en a toujours été ainsi dans la mesure où, lorsqu’on est en couple, on désire vivre un lien fort sur le plan amoureux mais aussi sur le plan érotique, sexuel et même moral. Il n’en a cependant pas été toujours ainsi, ces différents liens étant en général séparés dans l’histoire des sociétés, le lien matrimonial réservé la plupart du temps à la fécondation et à la filiation, le lien érotique se réalisant en dehors du mariage et parfois la relation morale ou amicale avec un partenaire encore différent.

L’amour dans l’Antiquité

Yves Ferroul fait une intéressante lecture de l’évolution des mentalités depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui à travers le prisme du couple et de la famille pour bien en comprendre l’évolution : « Tous les beaux parleurs de l’Antiquité n’ont pas un seul mot pour désigner le sentiment amoureux comme base de l’union des époux. Inconcevable pour un Grec de se marier par amour : le concept est inimaginable ! Les Romains ne montreront guère plus de ferveur amoureuse pour leurs épouses… Quelle force supérieure s’est donc imposée pour soumettre à ce point la femme jusqu’à en faire une marchandise ? »

Très vite, dans l’histoire de l’humanité, les humains ont pris conscience du lien entre la sexualité et la fécondité et ont inventé une « division des femmes » entre celles qui sont destinées à la reproduction des dominants et celles qui servent au plaisir. « Les religions vont entériner cette séparation entre sexualité de reproduction et sexualité de plaisir. » Nous sommes au cœur de l’Antiquité occidentale où s’organise le système patriarcal autour de la domination masculine. C’est le géniteur qui a le beau rôle, qui a tous les droits, domine la société et « ensemence la femme ». Cela s’observe en Grèce, et par la suite à Rome où la virilité est synonyme de « pénétration », les mâles ayant donc tout droit de « pénétrer » tous les individus pénétrables : l’épouse, la prostituée, l’esclave, qu’ils soient hommes ou femmes. Cette capacité à la « pénétration » fait des hommes les êtres supérieurs. Le corollaire est extrêmement simple : tous ceux qui sont « pénétrables » sont des êtres inférieurs, la femme étant ici naturellement un être inférieur. C’est le constat d’Aristote qui sera inflexible dans un discours très misogyne pour assigner des rôles aux représentants des deux sexes. C’est ce que répéteront tous les hommes des générations suivantes, dans la mesure où cette règle leur permet de conserver leur statut dominant.

Le mariage

« En Grèce, le mariage est une union de convenance par laquelle un chef de famille donne sa fille à un autre homme. C’est un acte privé… La jeune fille n’a jamais son mot à dire. Ce contrat place la mariée et sa dot sous la tutelle du mari et, en cas de rupture du contrat, la dot est restituée au père. » Le mariage offre une légitimité aux enfants de l’épouse alors que ceux de la concubine seront des bâtards exclus de l’héritage. Cette règle vaudra à Rome puis dans l’ensemble de l’Occident jusqu’aux dernières décennies.

Mais qu’en est-il de la relation entre les époux ? Une fois mariées, les filles n’ont pas voix au chapitre, les épouses légitimes sont destinées à la reproduction et renoncent, d’une certaine façon, aux relations sexuelles. Il y a pour cela des partenaires spécialisés : les esclaves, les concubines et les prostituées. « Cette distinction entre les femmes pour les enfants et les femmes pour le plaisir est un élément constitutif du monde antique ».

Corollaire de cette ségrégation, certaines épouses légitimes à Rome, porteront plainte contre leurs époux pour avoir tenté de profiter de la relation intime, c’est à dire profiter de leur corps. Et ceux-ci seront condamnés ! Le mariage n’était donc, à l’époque, jamais un mariage d’amour.

Si certaines époques, comme le Moyen-âge, ont ensuite été plus favorables à l’amour, cela a toujours été de façon transitoire car l’ordre masculin reprenait sa position dominante. Yves Ferroul nous précise combien le Moyen-âge est à l’origine du couple moderne à travers les idées nouvelles qui transparaissent dans les chansons des troubadours. Des idéologies nouvelles se mettent en place « un homme peut aimer une femme, consacrer sa vie à l’amour de cette femme, et cela est bien ». Période d’ouverture suivie de quelques siècles de régression jusqu’au 19e siècle où l’on parle enfin d’amour dans le mariage. C’est le temps du romantisme qui magnifie la passion amoureuse. La littérature romanesque soutiendra ce mouvement de transformation du mariage vers l’union que nous connaissons aujourd’hui – qu’elle soit légale ou concubine – c’est à dire l’union de deux personnes désirantes dans le respect et l’égalité.

Cette réalité que souligne Yves Ferroul, « Le mariage d’amour n’a que cent ans », est une réalité à méditer lorsqu’on perçoit la fragilité de cet édifice et pour en apprécier plus encore la valeur.

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Ferroul Y et Caron-Verschave L, Le mariage d’amour n’a que cent ans, une histoire du couple, Odile Jacob, 2015.



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