Valérie Pécresse passe aux aveux

Il est manifeste que Nicolas Sarkozy cherche à affaiblir le Parlement, et en fait on peut comprendre facilement pourquoi. C’est que ce pouvoir garde encore quelques moyens de contrôle, très insuffisants, mais parfois bien embêtants. C’est ainsi qu’à l’occasion d’une audition par la commission des Finances du Sénat, hier, Valérie Pécresse est passée aux aveux.Le contexte : les sénateurs l’interrogent sur le maquis des modes de financement des universités et laboratoires, alors même qu’un dispositif d’allocation des moyens, appelé SYMPA et d’ailleurs critiqué de toutes parts, existe. Plan Campus, grand emprunt, ANR, font partie des ces financements dont, côté jardin, la Ministre passe son temps à clamer qu’ils sont mirobolants, que c’est du jamais vu. Elle dit aussi en permanence que les universités ont ainsi reçu beaucoup d’argent depuis 2007. Pourtant, côté cour, devant les sénateurs, le discours change :

« Le plan des investissements d’avenir [elle parle ici du grand emprunt] en flux annuel est de l’ordre de quelques millions d’euros alors que pour les budgets des universités [là il s’agit des ressources budgétaires, intégrant les salaires] ce sont des milliards d’euros ! », répond la ministre. « Les universités françaises ont besoin de ces autres sources de financement, car elles sont sous-financées. »

C’est drôle, pour le grand emprunt Valérie Pécresse parlait justement de milliards, ce que j’avais dénoncé face à elle sur France Inter, en démontrant que les sommes étaient beaucoup plus faibles :

Mais continuons la lecteur de cette dépêche très intéressante de l’AEF :

Interrogée sur la préparation de la loi de finances 2011, Valérie Pécresse répond : « Des engagements très forts ont été pris par le président de la République et le Premier ministre pour le supérieur et la recherche. Ces engagements doivent être maintenus, même si je regarde actuellement quelles économies peuvent être faites dans mon ministère. Ce n’est pas parce que l’on est sous-doté qu’il n’y a pas de gaspillage. »

La perspective est donc claire, et est dans la droite ligne des propos de François Fillon : il va y avoir des baisses de budget dans la recherche et l’enseignement supérieur. La question des « gaspillages » est frappante : peut-être y en a-t-il, auquel cas il faut les recenser… et réaffecter l’argent, pas le supprimer ! Car à côté de cela il y a d’énormes manques… Par ailleurs, le premier gaspillage, c’est celui de temps, voire d’argent consacré à rémunérer des officines spécialisées dans le montage de projet, pour répondre aux appels d’offres multiples et variés que le gouvernement a démultipliés.

Dernier aveu, et pas le moindre puisqu’il concerne les étudiants boursiers, à qui Nicolas Sarkozy a promis un 10ème mois de bourse… toujours pas mis en place, Valérie Pécresse différant sans cesse l’application. Il se trouve que le président de la 3ème chambre de la Cour des Comptes, auditionné par la commission des finances de l’Assemblée nationale, dénonce le fait que « le programme ‘vie étudiante’ souffre depuis trois ans d’une mauvaise programmation de ses crédits » (propos relatés par l’AEF) :

« « In fine, comme en 2008, il paraît acquis que le montant des crédits mis en place par la LFI 2009 sera insuffisant pour faire face aux engagements de l’État », alerte Jean Picq. « Il y a manifestement un problème récurrent de prévisibilité de la dépense et de programmation des engagements qui mérite votre attention », déclare-t-il à l’intention de la ministre. »

Pourtant, aucune loi de finances rectificative n’est prévue à ma connaissance pour accroître le budget des bourses, pour faire face à la fois à la promesse de Nicolas Sarkozy, et à l’augmentation du nombre de boursiers liée au contexte de crise sociale que nous connaissons. Ne changeons rien, gardons le bouclier fiscal et les étudiants boursiers qui devraient être bien contents d’avoir de quoi manger neuf mois par an !

Décidément, ces parlementaires sont pénibles avec la ministre. Dire qu’en plus ce sont des parlementaires UMP, il y a de quoi vouloir renforcer le pouvoir présidentiel, ce serait plus confortable.