Les universités et la recherche doivent-elles payer pour la crise ?

C’est une des nombreuses conséquences de la crise économique que nous vivons, et qui n’est malheureusement pas près de s’achever. En raison des difficultés des familles, le nombre d’étudiants ayant droit à une bourse sur critères sociaux est supérieur de 9% au nombre qui était attendu par le gouvernement. Il y a quelques mois déjà, la Cour des Comptes avait tancé le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche car celui-ci sous-estimait le nombre de boursiers, et déclarait que c’était un « problème récurrent ». S’est ajouté un besoin supplémentaire, lié à la promesse de Nicolas Sarkozy de créer un dixième mois de bourse supplémentaire. Cette promesse n’a été réalisée qu’à moitié, mais même cette demi-promesse a un coût qu’il faut bien assumer. Comment tout cela est-il finalement payé ? La réponse est contenue dans la loi de finances rectificatives, actuellement votée au Parlement. Les moyens dédiés aux bourses y sont accrus de 40 millions d’euros. Une somme très loin d’être suffisante. D’après la commission des finances du Sénat, « Le besoin total pour les bourses sur critères sociaux versées aux étudiants s’élève donc à 172,5 millions d’euros, dont 94,5 millions d’euros au titre des effectifs de boursiers plus importants que prévus au moment du PLF 2010 et 78 millions d’euros au titre du demi-mois de bourse supplémentaire. » Il manque donc 92,5 millions d’euros pour payer les bourses. Et c’est au sein des crédits budgétaires de l’enseignement supérieur et de la recherche que cette somme va être prise. En bref, pour financer les conséquences de la crise, c’est pour l’essentiel aux universités et laboratoires de se débrouiller.
Cette situation est doublement scandaleuse. D’abord parce que la question de la solidarité nationale est posée. Ces bourses, qui sont très insuffisantes et servent à des étudiants dans les revenus des parents sont très bas, sont un élément minimum de cohésion sociale. Leur financement n’est pas une question de tambouille interne à un secteur spécifique.
Ensuite, parce que les universités et laboratoires sont déjà en situation de financement insuffisant, quoi qu’en dise le gouvernement. Les calculs sont clairs : depuis 2007, les crédits budgétaires de l’enseignement supérieur et de la recherche ont baissé en euros constants !
Pourtant, une des priorités devrait être de renforcer les premiers cycles universitaires, afin notamment de lutter contre l’échec, qui reste trop important. Prendre sur le budget dédié aux universités et laboratoires de quoi payer les bourses dont le nombre explose en raison du contexte économique, c’est faire empirer une situation déjà critique. Pour redresser la France, la mettre sur la voie de l’avenir, il faut arrêter le double jeu, qui consiste d’un côté à promettre la lune, de l’autre à tricher sur les chiffres et faire payer aux universités et laboratoires une partie des conséquences de la crise.