Le grand écart du gouvernement sur les cellules souches

Valérie Pécresse, a affirmé jeudi qu’ »au stade actuel, on (était) obligé de continuer la recherche sur les cellules souches embryonnaires ». Visitant un laboratoire de thérapie cellulaire, la ministre de la recherche a affirmé le besoin d’effectuer ce type de travaux. Pourtant, le gouvernement Fillon est en train de faire passer un texte de loi qui fait tout pour freiner ce type de recherche, dont j’ai déjà écrit au sujet de la recherche sur l’embryon en quoi il constitue une absurdité régressive.

Le projet de loi gouvernemental, destiné à réviser la loi de bioéthique, prévoit ainsi de maintenir un régime d’interdiction pour la recherche sur les cellules souches, assorti d’un régime dérogatoire dans des conditions très contraignantes. Selon la ministre, c’est une position équilibrée. C’est en fait une position hypocrite et néfaste : une interdiction avec dérogation est en fait une manière de caresser dans le sens du poil les lobbies qui s’opposent à ce type de recherche, en tentant de ne pas être totalement déconnecté des chercheurs.  Cette position est contestée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix sceitnfiques et techniques (page 195), ou encore le Conseil d’Etat.

Cette position hypocrite est surtout un vrai frein à la recherche. Certes, il est possible dans des conditions très limitées de faire de la recherche. Mais la procédure est très lourde, et contribue à empêcher la plupart des chercheurs de se lancer dans ce type de recherche, même quand cela serait justifié. Les conditions qui sont posées sont drastiques, font référence à l’obtention de progrès thérapeutiques majeurs, ce qui est fortement subjectif. La recherche est un processus fait de hasard, où de grandes avancées sont issues de travaux qui n’avaient pas prévu qu’ils aboutiraient aux applications qui adviennent. A partir de là, limiter la recherche aux travaux qui prévoient d’emblée des « progrès thérapeutiques majeurs », c’est laisser de côté la recherche à fin de connaissance plus fine des processus en jeu dans la reproduction humaine et la biologie de la cellule. La situation actuelle n’interdit pas totalement la recherche, mais elle empêche la recherche la plus fondamentale, ancrée dans le long terme.

Il est temps d’assumer pleinement le besoin pour la science d’effectuer de la recherche sur l’embryon et sur les cellules souches.  Ce n’est pas avec une petite visite de laboratoire que Valérie Pécresse réduira le grand écart entre ses discours et la réalité législative et vécue par les chercheurs.